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Éditoriaux
Renaud Donnedieu de Vabres : "La musique est l'âme d'un film"
Gilles Tinayres : "Nous sommes des inventeurs…"
Bernard Miyet : "La musique de film, un élément majeur de la création"
Véronique Cayla : "Bienvenue au 59e Festival de Cannes"
Patrick Doyle : "La musique, premier rôle"
Dan Foliart : "Nous parlons tous le même langage…"
Bernard Grimaldi : "Naissance d'une fédération"
Points de Vue :
Jacques Davidovici : "L’intuition du film"
Guy-Roger Duvert : "Du peer… au meilleur"
Pierre-André Athané : "La musique de film une chance pour les jeunes compositeurs"
Sophie Loubière : "La carpe et le lapin"
Vivien Villani : "Compositeur et réalisateur, pourquoi collaborer ?"
Séverine Abhervé : "Les étoiles disparues de la musique de film"
Ce qu'ils en pensent…
Marché/Industrie :
Denis Dreith : "Le marché de la musique de film"
Les aidesà la musique de film enFrance
Gréco Casadesus : "La musique des films restaurés"
Serge Bromberg : “Mon piano se met à parler”
Jérôme Diamant-Berger “Il était une fois…” Alain Bédier : "Apprendre la musique de film"
Les compositeurs dans le monde :
La musique de film sud-américaine
Musique et images au Japon
Les récompenses décernées en 2005/2006
Les associations de compositeurs de
musique de film
Télécharger la brochure "La Musique au coeur de l'image" au format pdf (22 Mo)
| Éditoriaux |
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"La musique est l'âme d'un film"
Nous avons tous éprouvé le fabuleux pouvoir d’évocation de la musique de film, capable, en quelques notes, de nous faire retrouver l’atmosphère, les grands moments, le frisson et la beauté même d’une œuvre cinématographique. Du Mépris à La Guerre des étoiles, en passant par Il était une fois dans l’Ouest, la musique, par-delà ses fonctions de ponctuation et de dramatisation, est bien la mémoire même et l’âme d’un film.
Je suis donc très heureux que Gréco Casadesus et l’Union des Compositeurs de Musiques de Films – que je salue – aient choisi, l’année dernière, de la mettre à l’honneur, dans ce Pavillon international de la musique de film.
Je me réjouis que, pour cette deuxième édition, Alexandre Desplat, qui a remporté le César 2006 de la meilleure musique écrite pour un film, De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard, offre une leçon de musique dans le cadre du 59e Festival de Cannes. Sa carrière internationale ne peut que servir d’exemple aux jeunes compositeurs.
Les pouvoirs publics, grâce à l’action du Centre national de la cinématographie (CNC), s’emploient à encourager ce choix d’une musique créée pour un film. J’y vois une manière de promouvoir la création musicale et de lui offrir une audience nouvelle : j’espère que ce 59e Festival de Cannes sera l’occasion pour de nombreux compositeurs français de trouver de nouvelles opportunités de collaborations en France et à l’étranger.
Renaud Donnedieu de Vabres
Ministre de la culture et de la communication
"Nous sommes des inventeurs…"
Non, la musique de film n'est pas un sous-produit de la musique classique, et le film n'est pas un juke-box pour musiques préexistantes et tubes du commerce. Ceux qui l'aiment, qui en connaissent les vertus et lui permettent d'exister, scénaristes, réalisateurs, producteurs, éditeurs, monteurs, ceux-là à qui je veux rendre hommage ici connaissent bien ce supplément d'âme qu'apportera la musique spécifiquement conçue pour le scénario et l'image d'une oeuvre cinématographique. C'est à leur attention que nous avons entrepris la publication de ce recueil d'idées, d'analyses et d'avis, reflets de nos attitudes passionnées.
Plus les techniques et les champs de distribution évoluent, plus il faut le rappeler : le cinéma est un art et le film est une oeuvre. Personne ne songerait à dénier aux peintres leur statut d'artiste, et à leurs toiles, celui d'oeuvre. Ce n'est pas aussi évident pour le cinéma. Tant< que nous pourrons conserver au film et à ses composantes les critères artistiques qui sont induits dans ce mot, nous nous garderons de ce qui est sans doute l'ennemi le plus perfide du cinéma : sa classification au rang de produit de consommation courante. La multiplication des canaux de diffusion comme l'accessibilité grandissante aux chefs-d'oeuvre du 7e art sont évidemment positifs, mais banalisent l'acte de s'inviter au spectacle d'un bon film. Et oblitèrent du même coup cette notion d'exception qui est encore celle d’aller au concert ou à une exposition.
Il n'est pas question de revenir en arrière. Mais juste de garder l'oeil ouvert sur les risques
grandissants que l'on fait courir à l’oeuvre. Même si l'art d'écrire et l'exigence de vivre ne font pas toujours bon ménage, nous tous, peuples du cinéma, nous sommes des inventeurs, et nous voulons le rester. Inventeurs de mots, d'histoires, d'images, de sons, de techniques, de timbres, de mélodies, d'émotions. Tant qu'on pourra reconnaître à la musique de film le pouvoir de faire battre un coeur plus fort, de rendre un danger plus menaçant, d'exalter la beauté d'une femme, tant que toute quête d'émotion rôdant dans les salles pourra trouver autour de l'écran l'objet de son désir, nous aurons le pouvoir d'exercer notre art au diapason de ses possibilités infinies.
C'est en cela qu'il est essentiel de défendre la musique originale ; plus nous inventerons de nouveaux imaginaires, plus nous alimenterons la source qui permettra de maintenir le cinéma dans le giron des produits d'exception.
Gilles
Tinayres
Compositeur
Président
de l'UCMF
"La musique de film, un élément majeur de la création"
Depuis quelques années, la musique de films
est mieux reconnue comme un élément majeur
de la création, et comme un enjeu pour les
industries culturelles au sens large.
Dans le domaine du cinéma et de la télévision,
des compositeurs mobilisés ont su trouver
auprès des organisations professionnelles et
des institutions les partenaires dont ils avaient
besoin pour faire prendre pleinement
conscience de l'importance de la musique
dans le film afin de permettre la mise en place
de nouveaux moyens financiers au service de
sa production.
Tandis que le CNC lançait une nouvelle aide à la
musique de film de long métrage, la Sacem
mettait en place en 2005, sur son budget
d'action culturelle, un fonds de soutien à la
musique originale pour la filière audiovisuelle.
De même que la musique s'envisage, à l'ère
des technologies numériques et du multimédia,
dans une relation toujours plus étroite avec
l'image, il est temps en effet d'aborder
la question du financement de cette création
tant pour le cinéma que pour la télévision.
Nous avons, par ailleurs, assisté ces deux
dernières années à une mobilisation renforcée
des industries du cinéma et du jeu vidéo,
confrontées à leur tour à cette piraterie massive
qui avait frappé quelques années plus tôt, et
dans une relative indifférence, la filière musicale.
Ne nous y trompons pas : ce sont bien désormais aux mêmes enjeux que sont
confrontés l'ensemble des professionnels de
l'image et du son. Ainsi, la téléphonie mobile
est devenue grande consommatrice d'images
après avoir été uniquement sonore.
Dans un cas comme dans l'autre, la protection
des droits d'auteur est un enjeu essentiel, et la
Sacem y prend toute sa part.
Ainsi, la question de la relation entre la musique
et l'image renvoie de façon sans cesse
renouvelée à une grande variété de
considérations : artistiques, économiques
et techniques...
Les actions engagées par la Sacem,
à l'occasion de grandes manifestations telles
que le Festival de Cannes, comme au travers
de ses programmes permanents d'action
culturelle, s'attachent à apporter des réponses
adaptées, à ces différents niveaux, aux attentes
exprimées par les professionnels, et elle se
félicite de bénéficier de la coopération de
l'UCMF dans ce combat.
Bernard Miyet
Président du Directoire de la Sacem
Président du GESAC
"Bienvenue au 59e Festival de Cannes"
Je suis heureuse de saluer la présence pour la
seconde année consécutive du Pavillon
international de la Musique de film au
Festival de Cannes.
Cela reflète l’importance de la place de la
musique dans les cinématographies du monde
et je me réjouis de cette évolution remarquable.
Je tiens à renouveler le soutien du Centre
national de la cinématographie à l’UCMF pour
cette 59e édition du Festival de Cannes et je
souhaite une pleine réussite à l’ensemble des
actions menées dans ce cadre.
Véronique Cayla
Directrice générale du CNC
"La musique,premier rôle"
Je suis profondément reconnaissant à l’UCMF
de m’avoir demandé d'être le premier Parrain
du Pavillon International de la Musique de Film.
C’est, pour moi, à la fois un honneur et un privilège
d’être ainsi sollicité et de pouvoir exprimer
l’enthousiasme que j’éprouve à l’idée de
l’existence de ce Pavillon à Cannes.
Dans l’univers cinématographique, j’ai toujours le
sentiment que la musique tient une place aussi
importante qu’un premier rôle car elle est source
permanente d’émotion à l’arrière-plan du film.
Récemment, le pouvoir de la musique et son
influence dans le monde de l’image se sont
considérablement renforcés avec l’émergence
de structures comme l’UCMF et FFACE.
Depuis mes débuts pour le cinéma, il y a 20 ans,
après 10 ans passés à composer pour le théâtre,
j’ai pu observer la montée en puissance de
l’importance et de la popularité de la musique
de film. Hollywood sollicite régulièrement les
compositeurs d’origine européenne dont j’aime
à penser que je fais partie, car nous apportons
une perspective souvent différente, influencée par
notre propre héritage culturel et historique, et par
une envie constante de renouvellement et
d’innovation qui nous porte au présent et, sans
nul doute, continuera de nous porter demain.
Écrire de la musique pour des images est un
formidable plaisir dont j’adore chaque étape.
C’est le sel de ma vie et, au final, ma raison d’être.
Grâce à la bonne santé relative de l’industrie
cinématographique, la musique de film et, dans
mon cas, la musique symphonique orchestrale
semblent assurées d’un avenir plein de
promesses. Peu de gens réalisent que cette forme
d’expression artistique est très jeune puisque ce
n’est que dans les années trente que l’on a pu mettre du son sur des images !
Je vous remercie
profondément de l’honneur que vous me faites.
Patrick Doyle
Premier parrain du Pavillon international de la Musique de Film
Compositeur
"Nous parlons tous le même langage…"
Bienvenue, une fois encore, au Pavillon
International de la Musique de Film. Je suis
profondément heureux de son très grand succès
et de l’opportunité ainsi donnée aux
compositeurs de se rencontrer les uns les autres.
L’UCMF a réalisé un extraordinaire travail en
créant un lieu ou ceux qui participent à la plus
importante manifestation cinématographique au
monde peuvent célébrer la prestigieuse
expression artistique qu’est la musique de film.
Ceux d’entre vous dont l’expertise se situe dans
d’autres domaines du cinéma pourront ressentir
la magie que la musique et les chansons peuvent
apporter à l’art cinématographique, et, sans nul
doute, en tirer une meilleure compréhension de
notre art et un enrichissement de leur expérience
de spectateurs.
La musique est véritablement une langue
universelle. Qu’un compositeur réside en France
ou aux Etats-unis, nous parlons tous le même
langage. Notre contribution, comme
compositeurs ou comme paroliers, ne connaît
pas les frontières et n’est-ce pas fantastique ?
Les nominés aux Oscars de cette année avaient
des origines aussi diverses que l’Espagne,
l’Argentine et les Etats-unis. Nous avons eu
le privilège d’organiser une projection du film
Brokeback Mountain quelques mois avant que
Gustavo Santaolalla obtienne l’Oscar de la
Meilleure Musique Originale.
Une grande part de ce qui rend notre métier si
particulier tient dans la diversité culturelle de nos
influences. Chaque partition, chaque chanson
porte la marque unique du talent de son auteur qui est lui-même en partie inspiré par son
environnement géographique. J’ai eu le plaisir
d’interviewer, l’année dernière pour notre
magazine plusieurs fois récompensé, The Score,
le compositeur polonais Jan AP Kaczmarek qui a
lui-même remporté un Oscar et qui construit
actuellement un Institut dans l’ouest de la
Pologne, à proximité de l’Allemagne, qui a
vocation à devenir un lieu de rencontres et
d’échanges pour les artistes du monde entier.
Ici, aux Etats-Unis, notre organisation, la Society
of Composers and Lyricists a célébré l’année
dernière un moment important. Nos membres
ont été nominés et ont reçu plusieurs
récompenses (Oscars, Emmy Awards et G.A.N.G
Awards qui récompensent les meilleurs jeux
vidéo). Nous comptons maintenant plus de 900
membres dont quelques-uns des plus grands
noms du métier.
La Society of Composers and Lyricists s’est
inspirée, pour la protection de ses membres,
d’un groupe éminent qui fut créé en 1945, la
Screen Composers Association. Non seulement,
leur organisation nous a précédés, mais ils ont
montré la voie en édifiant les standards
d’excellence qui sont la marque de la large
communauté de compositeurs spécialisés dans
le cinéma. Depuis cette époque il y a toujours eu
ici, aux Etats-unis, une structure pour informer et
aider ses membres dans le monde en constante
évolution de la musique de film.
Notre défi technologique le plus récent est le
téléchargement de nos oeuvres sur Internet. Nous travaillons
main dans la main avec les organisations de
protection de droits d’auteur pour nous assurer
que notre travail demeure justement rétribué.
En conclusion, je vous souhaite beaucoup de
plaisir à Cannes. La musique de film non
seulement vous inspirera, mais elle vous touchera
au plus profond de l’âme.
Dan Foliart
Président de la Society of Composers and Lyricists
"FFACE naissance
d’une fédération"
“FFACE, Federation of Film & Audiovisual
Composers of Europe, est donc née, il y a tout
juste trois mois… et il est, bien entendu,
beaucoup trop tôt pour tirer un bilan… Nous en
sommes encore aux prémices de notre
existence, mais nous avons déjà pu mesurer, à
Vienne en février notamment, le poids de notre
fédération.
La déclaration de Vienne, acte de naissance d’une
plate-forme unifiée regroupant tous les
compositeurs de musique européens et dont
FFACE deviendra naturellement un des piliers est
la preuve magistrale du bien fondé et de l’utilité
immédiate de notre Fédération.
À terme, et c’est là notre but, nous avons vocation
à peser sur les décisions prises à Bruxelles
concernant la création musicale audiovisuelle et
cinématographique.
Pour cela, il nous faut exister, faire la synthèse
de nos problèmes spécifiques, être présent au
sein des instances de discussion et d’élaboration
des politiques culturelles nationales et
européennes, proposer des solutions et des
voies de réflexion.
Les récentes tentatives en France et maintenant
en Espagne, pour remettre en cause le principe
même du droit d’auteur, nous montrent combien
la menace de voir s’étioler en quelques années
nos moyens d’existence est réelle, et, à quel
point il était important de s’unir.
S’unir, c’est travailler ensemble, nous tous
compositeurs de musiques de films, de
documentaires, d'oeuvres audiovisuelles en général, et c’est la raison d’être de FFACE.
S’unir, c’est aussi travailler et réfléchir avec la
communauté élargie de tous les créateurs
(compositeurs, réalisateurs, scénaristes) et des
différents acteurs dont l’activité est
interdépendante de la nôtre (sociétés de gestion
de droits, éditeurs, producteurs) à l’élaboration
des structures et des outils nécessaires pour
relever les défis posés par la transformation
vertigineuse du monde dans lequel nous vivons.
Au travail et longue vie à FFACE !
Bernard Grimaldi
Compositeur
Président de FFACE (www.fface.eu)
Les associations
membres :
Allemagne :
CC Composers
- Angleterre : BAC&S
- Danemark : DPA
- Espagne :
MUSIMAGEN
- Finlande :
ELVIS
- France :
UCMF
- Suède :
FST
- Suisse :
UFMC
Pays entrant
:
Autriche:
OKB
| Points de vue |
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"L’intuition du film"
Lorsqu’on regarde un film, trois sortes
d’information nous parviennent simultanément.
D’abord l’image bien sûr (vitesse de la lumière
oblige !) qui s’imprime sur notre rétine, et arrive
au cerveau pour que celui-ci l’analyse.
Une fois cette image décodée, le spectateur
pourra alors éventuellement y réagir
émotionnellement, mais seulement après
l’avoir “comprise”.
Les dialogues ensuite, qui eux aussi s’adressent
principalement à notre intelligence, de même
que les bruitages qui donnent de la réalité à ce
que l’on voit ou à ce que l’on devine. Encore du
travail pour notre cerveau qui pense.
Et il y a la musique.
La musique, elle, ne s’adresse pas à notre
intelligence. Elle n’a pas besoin d’être
“comprise”.
La musique parvient directement
à notre cerveau “primitif”, celui des instincts,
des émotions, celui qui ne “pense pas”, mais
qui ressent.
Le fait que la musique ne s’adresse pas à notre
raisonnement lui permet (et c’est là toute
l’astuce) de faire entendre un discours
totalement autonome, simultanément au
“discours” de l’image, et à celui des dialogues.
Le cinéma, c’est ça : écouter 3 langues
différentes en même temps, et tout comprendre
d’un seul coup!
Et la musique de film, c’est ça : un discours
plein de sens, mais qui ne cherche pas à nous
convaincre, qui est à la fois autonome, et
intimement lié aux images.
La musique, c’est l’intuition du film.
Et parce qu’elle parle à notre coeur et pas à
notre pensée, la musique est l’élément du film
qui s’imprime le plus durablement dans notre
mémoire. C’est elle qui prolonge la vie du film
en nous.
Si le silence après Mozart c’est encore du
Mozart, on peut dire que la musique du film,
après le film, c’est encore du cinéma...
Jacques Davidovici
Compositeur
"Du peer… au meilleur"
Jamais la musique n’aura subi des changements
aussi majeurs que durant ces 20 dernières
années. L’arrivée de l’informatique musicale a
bouleversé le mode de travail et les possibilités
dans le domaine de la composition.
Mais un bouleversement technologique plus
récent est en train de changer radicalement
l’univers de la musique : Internet. Plus encore que
le mode de création musical, le net est train de
donner des ailes aux débouchés commerciaux
s’offrant à une musique.
Pour la première fois, Internet permet aux
particuliers d’acquérir des musiques en tant que
bien immatériel. Désormais sous forme de
fichiers, la musique se glisse partout, se joue
partout, se… copie partout. Le CD reste encore
aujourd’hui le premier support de vente, mais
avec le développement des plates-formes de
ventes légales de musique, on est quasiment sûr
de voir le fichier numérique prendre le dessus
dans l’avenir proche.
Autre conséquence de l’essor d’Internet :
l’apparition du peer-to-peer. Il s’agit de logiciels
permettant aux utilisateurs de mettre en commun
leurs fichiers (musicaux ou autres) et d’ainsi les
échanger entre eux. D’où une nouvelle facilité de
piratage qui n’existait pas auparavant, puisque
l'utilisateur a désormais sous sa souris, un
gigantesque catalogue d'oeuvres téléchargeables
gratuitement à sa portée. Qui plus est
d'excellente qualité. Ce “piratage admis”,
représente un danger réel pour les industries
musicales, qui commencent à en ressentir
sérieusement les effets.
Face à ce problème des solutions commencent à voir le jour, propositions de changement qui vont
dans des directions variées mais souvent
compatibles entre elles.
Chaque semaine, de nouvelles idées
apparaissent. La situation actuelle est confuse,
tant chacun propose ses solutions, apporte son
élixir miracle, mais en aucun cas il ne s’agit d’un
désastre irréparable.
Au contraire, les points positifs sont nombreux :
Le fait de pouvoir faire transiter des fichiers via le
web a facilité le travail des compositeurs
travaillant à l’international. D'autre part, il est
désormais possible pour n’importe quel artiste de
présenter ses musiques sur un site personnel, et
à partir de ce site, au choix, de vendre ou
permettre le téléchargement gratuit de ses
oeuvres. Internet permet déjà maintenant à
n’importe qui sur la planète d’acheter n’importe
quel titre musical (du moins ceux qui sont
numérisés) pour un prix extrêmement bas.
Jamais dans l’histoire de la musique, les
consommateurs n’ont eu accès à la musique à
un coût aussi faible ! Par ailleurs, le
développement accéléré des catalogues des
plates-formes légales rend possible pour le
particulier un accès à un éventail de musiques
bien supérieur à tout ce dont il avait pu disposer
par le passé.
Mais quelles que soient les solutions envisagées,
les performances réalisées, qu'on se garde bien
d'oublier dans les définitions futures du cadre
légal des offres au public l'un ou l'autre des
secteurs professionnels, du cinéma et de
l'audiovisuel. Tout ce qui justifie d'un droit, d'une
royaltie, au titre d'une création, d'une performance ou d'un
financement, devra se retrouver dans cette
nouvelle donne. Sous peine de faire sérieusement
chanceler l'édifice déjà fragile du Septième Art.
Guy-Roger Duvert
Compositeur
"La musique de film une chance pour les jeunes compositeurs"
Y a-t-il un avenir actuellement pour un jeune
musicien qui se destine à être compositeur?
Dans un monde artistique et culturel bouleversé
par les révolutions technologiques qui multiplient
les supports, la vitesse et la qualité des échanges
(si bien que la musique semble sortir de partout et
par toutes sortes de procédés nouveaux), dans
une époque qui se souvient de tout, qui écoute
tout, y compris la musique du bout du monde ou
du fond du temps, quel peut être le destin de
celui qui a choisi d’en faire son métier?
Composer est davantage une nécessité qu’un
véritable choix, répondront les intéressés qui, la
plupart du temps, créent de la musique avant
tout parce que c’est une de leurs raisons de vivre.
Oui mais en vivre, justement, comment en vivre ?
À part à attendre d’hypothétiques commandes
publiques ou privées, les compositeurs doivent
se rendre à l’évidence: le plus sûr moyen de vivre
de sa musique est de composer une musique
“appliquée”, que ce soit au théâtre, à la danse,
mais surtout à l’image sous toutes ses formes,
depuis la publicité jusqu’au jeu vidéo en passant
par le support privilégié par tous, le plus
prestigieux aussi: le cinéma.
Les compositeurs de tous les temps ont vécu —
plus ou moins bien comme on le sait — de
commandes. Et ce qui est vrai en France l’est
aussi en Europe et dans le monde: à l’heure actuelle, la commande d’une musique de film est
probablement une des meilleures choses qui
puisse arriver à celui qui débute dans ce métier.
C’est l’occasion d’écrire pour des interprètes
musiciens – ce qui est hélas de plus en plus
rare –, parfois même pour un grand orchestre, et
d’enregistrer dans de bonnes conditions.
C’est l’occasion aussi de s’obliger à composer
dans différents styles, de s’adapter à l’émotion
des personnages, des images, de suivre une
progression dramatique.
C’est enfin avoir l’opportunité de la
reconnaissance de son talent, qui pourra aller
bien au-delà du film lui-même.
Pourtant certains musiciens ou musicologues
grincheux ont vu et voient encore dans la
musique de film l’occasion de produire une sorte
de “sous musique”, dévaluée par les concessions
faites à un tyran nommé réalisateur et à d’autres
nommés producteurs ou distributeurs : prière de
faire miauler les violons dans la scène d’amour…
Tout cela est vrai aussi parfois.
Mais quelque chose semble l’emporter chez la
plupart des jeunes compositeurs : c’est la magie
du rapport à l’image. Car de l’imaginaire,
nécessaire à toute inspiration, à l‘image, celle
qu’on regarde ou projette, il n’y a qu’un pas: la
musique naît souvent de l’image comme l’image –
certains réalisateurs le disent – peut se construire sur une musique. Devenir compositeur de
musique de film pour un jeune artiste musicien est
donc bien davantage qu’un moyen de gagner sa
vie, c’est l’entrée dans une aventure qui n’en est
qu’à ses débuts et ne peut que s’enrichir au fil du
temps. C’est l’occasion aussi, à travers la
rencontre avec un réalisateur, de vivre la
passionnante expérience de la confrontation de
deux univers d’auteurs. Il faudrait simplement pour
cela que le cinéma, comme les autres formats
audiovisuels, donne toute sa place à la création
musicale et devienne aussi un terrain d’expérience
pour toutes sortes de musiques appliquées à
toutes sortes d’images. Ne manquons pas les
nouveaux Mozart: confions leur des films pour
qu’ils puissent entrer, eux-aussi, dans l’histoire…
Pierre-André Athané
Compositeur
"La carpe et le lapin"
Auric, Honegger, Milhaud furent sollicités par
les pionniers du film sonore tout autant que
Chostakovitch. Si la vieille formule de
Stravinsky assimilant la musique de film à du
papier peint est encore trop souvent
d’actualité, la qualité de nombreuses partitions
écrites pour le cinéma permet d’installer la
musique de film comme un art majeur.
Mais il est parfois difficile voire impossible à
un compositeur pour l’image, de s’exprimer
avec la liberté qui sied à l’artiste.
La rencontre est donc nécessaire : celle de la
carpe et du lapin.
Sans Georges Delerue, que serait François
Truffaut ?
Sans Nino Rota, que serait Federico Fellini ?
Sans Bernard Herrmann, que serait Alfred
Hitchcock ?
Sans John Williams, que serait Steven Spielberg ?
Sans Henry Mancini, que serait Blake Edwards ?
Sans Alberto Iglesias, que serait Pedro
Almodovar ?
L’inverse est aussi valable : difficile d’imaginer ce
que serait Philippe Sarde sans Claude Sautet,
Alexandre Desplat sans Jacques Audiard,
Gabriel Yared sans Anthony Minghella…
Ces couples de cinéma se construisent
passionnément. Il est souvent question de
relations fusionnelles, d’infidélités et de
trahisons. La liste de collaborations exemplaires
est longue. Les divorces sont légions.
Mais pour que l’oeuvre existe dans l’oeuvre, il
faut parler le même langage : celui de
l’exigence. Celui de la liberté.
Des premières musiques d’accompagnement
L’assassinat du Duc de guise (1908), partition
signée Camille Saint-Saëns, à De battre mon
coeur s’est arrêté (César 2006 de la meilleure
musique de film), partition d’Alexandre Desplat,
presque un siècle s’est écoulé, soit cent années
de partitions musicales écrites pour le cinéma,
par des compositeurs de plus en plus contraints
par des délais et des systèmes de production à
l’économie, nourris d’images, de références
musicales, jusqu’à l’étouffement.
Sans le soutien du réalisateur, sans son
engagement personnel, sans une relation de
confiance avec le compositeur, la partition écrite
risque fort d’être négligée : sacrifiée au mixage
pour laisser place aux effets sonores, recalée
par un public lors d’une preview, recoupée à
volonté, confettisée, enregistrée à prix réduit,
elle se vide de sa substance.
La réussite d’une partition de film relève de la
responsabilité du cinéaste et de ses capacités
à la défendre — in fine, n'est-elle pas aussi le
révélateur de son identité, de sa personnalité
et de son univers ?
Si tous les lapins du monde pouvaient
l’entendre…
Sophie Loubière
Journaliste à France Inter
"Compositeur et réalisateur,
pourquoi collaborer ?"
La mise en place d’une collaboration
approfondie entre un réalisateur et un
compositeur peut être un moyen extraordinaire
de “grandir” un film en lui associant une partition
originale parfaitement adaptée.
Un exemple parmi les plus saisissants est celui
de la collaboration entre Sergio Leone et Ennio
Morricone. Environ une demi-heure après le
début d’Il était une fois en Amérique, Noodles
(Robert De Niro) revient au bar de son ami
d’enfance Fat Moe, et une fois seul, il marche
dans ce lieu qu’il a fréquenté assidûment de
nombreuses années auparavant. Les images
seules n’auraient pas suffi à traduire avec force
et précision tout ce que ressent Noodles durant
ces moments : lorsqu’il regarde la photo de
Deborah – le grand amour manqué de sa vie –,
il est difficile de dire s’il ressent de la nostalgie,
de la colère, de la douleur, de la jalousie…
La musique lève toute ambiguïté en nous faisant
pénétrer au plus profond du sentiment
nostalgique et mélancolique de Noodles.
Le rythme lent des images et celui de la musique
s’accordent parfaitement et entrent
en synergie ; de plus, le début et la fin de cette
plage musicale sont taillés sur mesure : celle-ci
commence dès que Moe sort de la pièce et
s’achève sur le regard de Noodles perdu dans
ses souvenirs – avant de s’enchaîner avec le
morceau Amapola et le flash-back des
souvenirs d’enfance.
Cette même plage musicale s’achève par ce que les musiciens nomment une cadence
parfaite : en syntaxe grammaticale, cela
correspondrait à un point à la fin d’une phrase ;
la structure du morceau est donc parfaitement
respectée.
Cette intervention musicale correspond en
réalité au “thème de Deborah” : la musique nous
renseigne donc également sur la cause de la
mélancolie de Noodles ; elle traduit les pensées
les plus profondes du personnage, elle
approfondit l’image en décrivant ce qui se
trouve à l’intérieur.
Une telle réussite dans le rapport imagemusique
ne s’explique pas seulement par le
talent des deux artistes, mais aussi par la
philosophie de leur collaboration. De toute
évidence, Leone concevait les images et la
musique dans un même élan. Son travail avec
Morricone pour ce film s’est étendu sur
plusieurs années, et l’enregistrement même de
la musique a commencé avant le tournage – la
musique était diffusée au cours du tournage et
Robert De Niro s’en est totalement imprégné
pour son jeu.
Cette conception en amont a permis au
réalisateur d’adapter le montage à la musique et
non l’inverse, et de respecter la structure des
phrases musicales – ce qui devrait être aussi
naturel que de ne pas couper un acteur au
milieu d’une phrase…
De plus, le compositeur a disposé d’un long
temps de maturation, ce qui est souvent une nécessité pour aboutir à une musique de qualité
et parfaitement en adéquation avec le film.
De façon générale, commencer à collaborer au
moment du scénario ne signifie pas forcément
écrire des thèmes définitifs, d’autant plus que
beaucoup de compositeurs sont
essentiellement inspirés par l’image et le rythme
du montage ; l’on peut cependant commencer à
chercher des idées, et le travail effectué en
amont sera particulièrement bénéfique au
moment de l’écriture elle-même.
D’autres couples réalisateurs et compositeurs
ont travaillé avec la même réussite : Fellini-Rota,
Spielberg-Williams, Fassbinder-Peer Raben,
Demy-Legrand… De nouveaux sont récemment
apparus : Jacques Audiard-Alexandre Desplat,
François Ozon-Philippe Rombi…
Les réalisateurs concernés ont compris à quel
point il pouvait être important d’intégrer une
musique originale de qualité à un film. D’autres,
pourtant, sont particulièrement méfiants vis-àvis
de la musique originale : ils ont peur que
cette dimension du film leur échappe, à la
différence de la direction des acteurs, du
découpage ou du montage.
Ce phénomène conduit certains réalisateurs à
utiliser des musiques préexistantes ; même si
une telle démarche peut aboutir à une
passionnante réappropriation de morceaux de
répertoire (l’adagietto de la 5e symphonie de
Mahler dans Mort à Venise, le prologue de Ainsi
parlait Zarathoustra de Richard Strauss dans
2001, l’Odyssée de l’espace…), bien souvent
il aurait été beaucoup plus intéressant de
travailler à une musique originale ; le réalisateur
aurait peut-être même découvert des aspects
de son propre film grâce à la musique, comme
c’est parfois le cas.
Une collaboration poussée nécessite un
véritable échange entre les deux artistes, qui est
parfois difficile étant donné que le réalisateur ne
dispose souvent pas de notions musicales précises. Cela ne doit pourtant pas être un
obstacle : il suffit d’aborder le compositeur
comme tout autre collaborateur du film, et
de le “diriger” comme un acteur, en employant
un vocabulaire qui soit connu de tous, relatif aux
émotions. Il faut également savoir que l’idéal
pour un compositeur n’est le plus souvent pas
d’être laissé entièrement libre, mais d’obtenir
des indications de la part du réalisateur qui
seront sources d’inspiration et le pousseront à
donner le meilleur de lui-même.
Réalisateurs de tous styles et de tous pays,
vous l’aurez compris : si la possibilité s’en
présente, collaborez !
Vivien Villani
Enseignant, compositeur et
auteur
d’un Guide pratique de la musique de film chez Scope Editions.
"Les étoiles disparues de la musique de film"
La musique populaire investit le cinéma à l’aube
des années 80. En tête de file, la scène rock.
C’est en terrain connu que Jack Nitzsche opère
alors sa reconversion au cinéma. Ancien
compagnon des Rolling Stones et de Neil Young
entre autres, il a travaillé sur près de quarante
films. Aux détours de sa collaboration sur
L’exorciste ou de ses musiques pour
9 semaines 1/2, Vol au-dessus d’un nid de
coucou, ou encore Starman, Nitzsche a surtout
gagné la reconnaissance de ses pairs et du
public avec le titre phare d’Officier et gentleman.
Couronnée de nombreux prix (Oscar, BAFTA
Award et Golden Globe), la chanson Up Where
we belong, coécrite avec Buffy Sainte-Marie et
Will Jennings, continue de lui survivre.
Cette reconnaissance professionnelle,
François de Roubaix ne l’aura pas connue, les
César consacrant la musique du Vieux fusil
quelques mois après sa tragique disparition.
Souvent défini comme un “homme-orchestre”
en clin d’oeil au film éponyme, cette expression
rend surtout hommage à ses méthodes de
travail particulièrement innovantes pour les
années 70. Leader de ce qu’on appellerait
aujourd’hui le Home Studio, l’as du re-recording
a exploré les limites de la création musicale et
sonore en solo. Le succès arrive enfin avec
La Scoumoune. L’explorateur du son, l’aventurier
de la musique nous laisse près de soixante-dix
films et autant de partitions originales ou
intrigantes. 30 ans plus tard, ses oeuvres parlent
pour nous… Adieu l’ami !
Non moins novateur, Bernard Herrmann a
définitivement marqué l’âge d’or d’Hollywood.
Et pour cause… Trois décennies après sa
disparition, qui a oublié les violons suraigus de
Psychose ou le thème hypnotique de Vertigo ?
Les recherches musicales de B. Herrmann
nous laissent encore de fortes impressions.
La carrière qu’on lui connaît, soit près de
quatre-vingt-dix partitions composées pour
des maîtres du cinéma tels que Hitchcock,
Truffaut, Mankiewicz ou encore De Palma,
force l’admiration.
De ses débuts sur Citizen Kane, à son brillant
final avec Taxi driver, combien de thèmes
légendaires habitent encore la mémoire
collective ?
Son contemporain Miklós Rózsa, hongrois de
naissance, a de même incontestablement
intégré le panthéon des grands compositeurs
hollywoodiens. Son oeuvre mélodieuse et
prolifique d’une centaine de scores, l’a fait briller
dans les films noirs, Assurance sur la mort,
Othello aussi bien que les péplums, Ivanhoé,
Jules Cesar et notamment Ben-Hur qui lui a valu
toutes les reconnaissances. L’homme aux trois
Oscar a servi les plus grands réalisateurs, et
aujourd’hui encore le nom de Miklós Rózsa
résonne comme un grand classique de la
musique de film.
A l’instar de ces compositeurs, le cinéma nous
offre un large panorama de sa diversité musicale
où se côtoient le rock, l’électroacoustique ou
l’écriture symphonique.
Alors, si aujourd’hui Mozart était vivant, fort de
ses 250 ans, autoriserait-il simplement l’emploi
de ses symphonies pour le cinéma ou placeraitil
directement son talent, comme il a pu le faire
pour l’opéra bouffe, au service d’un scénario, d’un
metteur en scène ou d’images ?
Quoi qu’il en soit, le voilà crédité sur de très
nombreux génériques… Preuve en est alors que
la musique de film, c’est encore et toujours de la
musique, et que composer pour le 7e art, c’est
composer tout court. Salut les artistes !
Séverine Abhervé
Coordinatrice UCMF,
R
édactrice pour TraxZone, le site francophone de la musique de film www.traxzone.com
"Ce qu'ils en pensent…"
“Aujourd’hui ou hier, l’art de composer pour un
film reste le même. L’élément principal est, et
sera toujours, l’imagination.”
Lalo Schifrin
Compositeur
“Il faut savoir que je compose d'une manière
très spontanée. Tout vient du coeur. Lorsque je
butte sur un morceau, si je ne trouve pas
quelque chose, j'arrête, je me repose et je
continue lorsque l'inspiration revient.”
Philippe Rombi
Compositeur
“Ma ligne de conduite, c'est de servir le film de la
même manière que le cinéaste tente de servir le
film.”
Hans Zimmer
Compositeur
“Je suis là pour servir la vision du metteur en
scène. Je prends mes directives à partir du
rythme du film, des émotions, de la lumière, du
jeu des acteurs...”
Michel Colombier
Compositeur
“Même si quelque fois cette discipline est
difficile à assumer, composer une musique
pour un film est toujours pour moi fascinant
et je pense pouvoir, avec un peu de provocation,
paraphraser Nietzsche en disant “un film sans
musique serait une erreur !”
Maurice Jarre
Compositeur
“Je suis un citoyen de la musique.”
Vangelis
Compositeur
“Je suis convaincu que la musique de film et la
musique de ballet ont parfaitement leur place
légitime dans une salle de concert sans l'appui
visuel de la chorégraphie ou du film.”
Elliot Goldenthal
Compositeur
“Quand je m’assieds pour composer, je suis
incapable d’expliquer pourquoi je le fais ainsi, ni
même comment. C’est comme ça ! C’est juste
une histoire de sensations, d’intuitions.”
Jerry Goldsmith
Compositeur
|
|
“Au niveau de notre collaboration, notre
sensibilité est la même. Nous faisons naître
la base d'une idée et nous la laissons se
développer jusqu'à ce que quelqu'un nous
dise de nous arrêter.”
Howard Shore
Compositeur
“Je suis tout à fait adepte du silence en tant
qu’élément musical à part entière.”
Elmer Bernstein
Compositeur
“Nous devons être nous-mêmes avant tout !
Et pour ce faire, nous avons besoin de
communiquer notre humanité au travers de la
musique, des arts, des formes. L'originalité ne
doit pas être un obstacle.”
Michael Kamen
Compositeur
“Le rôle du compositeur, c'est l'art de transfigurer le
travail du cinéaste.”
Ken Russel
Réalisateur
“Quand un film a une musique de qualité, vous
passez de l’état passif à l’état actif (…) Plus vous
savez écouter, plus vous voyez les choses (…) Pour
celui qui écoute, il y a une perception énorme. C’est
tout le corps qui est engagé.”
Alfred Tomatis
Oto-rhino-laryngologue, chercheur
“La musique de film a toujours formé une part
essentielle de ma vie. C’est en écoutant avec avidité
dans mon enfance des bandes originales de films
que s’est développé mon intérêt pour le cinéma…
Et puis, un jour, je me suis retrouvé metteur
en scène. C’est la raison pour laquelle, pour moi,
le processus de création cinématographique
implique une intégration totale de la musique,
du son et de l’image.”
Alejandro Amenábar
Réalisateur et compositeur |
| Marché/Industrie |
 |
"Le marché de la musique de film"
Pour quiconque, même très indirectement
impliqué dans l’industrie cinématographique,
il est devenu, de toute évidence, très clair que
l’un des outils marketing les plus puissants qui
soient disponibles aujourd’hui est la musique.
Même si, fondamentalement, les ingrédients
nécessaires à la création d’un film à succès
demeurent encore et toujours, une bonne
histoire, une mise en scène inspirée, une
direction d’acteurs brillante et la garantie d’une
chaîne de postproduction efficace, la bande
originale d’un film peut faire, et fait, bien des fois,
la différence. A fortiori, souvent, même une B.O.
modeste peut devenir un outil marketing
nécessaire pour promouvoir un film, et l’album
d’une musique de film populaire peut non
seulement dynamiser le succès du film en salles
et les ventes de DVD, mais encore devenir une
source de revenus importante pour les
réalisateurs et les compositeurs.
D’abord et surtout, la musique d’un film doit
servir le film. Même si cela semble une évidence,
bien trop souvent, l’obsédante recherche de la
B.O. à succès, précipite les réalisateurs dans
le piège de l’achat de droits de morceaux
populaires (souvent à un coût exorbitant) dans
le but de les inclure sur la B.O. du film. Il ne fait
aucun doute que la présence sur le CD de
chansons originales et de morceaux populaires
préexistants, en plus d’un score original de
qualité, peut apporter encore plus de force
dramatique et d’émotion au film. C’est tout spécialement vrai lorsque c’est le résultat d’une
collaboration fructueuse entre le metteur en
scène, le compositeur et le superviseur musical
(dont le rôle – même dans des films à petit
budget – devient de plus en plus important et
déterminant). Il est évident que l’inclusion
d’une chanson ayant connu un gros succès
commercial ou même de chansons
raisonnablement populaires dans une B.O.
peut augmenter fortement les ventes de CD.
Pourtant, si ces éléments ne font pas partie
intégrante de l’oeuvre cinématographique,
les gains à court terme sur les ventes d’albums
finiront toujours par peser négativement
sur la carrière du film lui-même.
Cela dit, même dans le cas d’une B.O ne
comprenant que de la musique originale,
il existe, même si elles sont plus limitées, un
certain nombre d’opportunités marketing qui
sont souvent, peut-être davantage dans l’intérêt
du compositeur et du réalisateur.
Pourtant, en raison des coûts de musiciens
extrêmement bas, ou même inexistants dans
le cas du CD de la B.O. d’un film américain (les
25 000 premières copies d’une B.O. aux USA
sont exemptées de droits syndicaux en raison
de la modestie des coûts de musiciens), il n’y a
absolument aucune raison de se priver de
l’exploitation commerciale de la plupart des
musiques de films. Non seulement c’est, pour
le compositeur, un formidable outil de promotion
que d’avoir un CD à faire écouter à un producteur éventuel,
mais cela donne aussi au réalisateur une
occasion de plus de confronter son film
au public.
En conclusion, je veux insister sur le fait que,
étant donné l’importance des grandes
rencontres professionnelles – la doyenne de
celle-ci étant le Film Market de Cannes – il est
plus nécessaire que jamais de produire des
musiques originales (à quelques rares
exceptions près) afin que même les films à petit
budget puissent rivaliser avec les grosses
machines des studios qui sont le fer de lance
de ces manifestations. Bien qu’il soit tentant
pour des réalisateurs inexpérimentés d’utiliser
des musiques de stock ou d’acquérir les droits
de morceaux préexistants, la musique originale
est un des éléments permettant de faire la
différence et de promouvoir le film à travers sa
musique (“Musique Originale de…” Et
“Soundtrack album disponible sur…”).
Denis Dreith
Compositeur
Eenseignant
Auteur d’un guide pratique de la musique de film
(Scope publishers)
Administrateur
du FMSMF*
(Etats-Unis)
"Les aides à la musique
de film en France"
2005 aura vu la concrétisation de deux initiatives
visant à favoriser le recours à la musique
originale pour le cinéma et l’audiovisuel.
L’Union des Compositeurs de Musiques de
Films (UCMF) a soutenu les travaux destinés à
leur création en proposant le principe
d’une aide économique incitative.
L’une, mise en place par le Centre National de la
Cinématographie (CNC), cible les films de long
métrage pour le cinéma. L’autre, élaborée
par la Société des Auteurs Compositeurs et
Editeurs de Musique (Sacem), s’adresse
aux oeuvres audiovisuelles.
A ces deux programmes de soutien fondateurs
sont venus s'ajouter en 2006 une aide à l'édition
de matériel d'orchestre ainsi qu'une aide
à la production de musique originale
des courts-métrages.
Principales dispositions du système
mis en place par le CNC
L'aide financière (300 000 €/an) concerne les
longs métrages dont le budget global est
inférieur à 4 M € et pour lesquels le budget
“musique originale” ne doit pas être inférieur à
20 000 €, et être égal au minimum à 1,5 % du
budget du film. Le cachet du compositeur doit
représenter au minimum 20 % du budget
“musique”. Le producteur doit avoir obtenu le point “auteur des compositions musicales”
au barème de l'agrément. L'aide attribuée
est en moyenne de 8 000 € avec un plafond
de 15 000 €. Les dossiers éligibles sont
présentés 4 fois par an devant un comité
constitué de professionnels.
Principales dispositions des systèmes
mis en place par la SACEM
La première des aides financières concerne la
production de musique originale pour les
oeuvres audiovisuelles. Elle s'adresse aux
fictions unitaires supérieures à 52 mn, aux
documentaires de 90 mn, aux mini-séries de
fiction de 2 x 90 mn, ainsi qu’aux séries (fictions
et documentaires) jusqu’à 6 x 52mn. Les
montants attribués vont de 4 000 € à 7 500 €
par dossier au titre de la part producteur. Il doit
s'agir d'oeuvres originales jamais diffusées,
commandées par le producteur garantissant
au compositeur une prime d'inédit s'élevant à
25 % du budget de la musique originale.
La production doit être majoritairement
française. L'apport du producteur doit être égal
ou supérieur au double de l'aide SACEM
avec un effet réel sur le budget de la musique
originale. Dans le cas où le producteur n‘est
pas (co)éditeur de l'oeuvre musicale considérée,
l’aide de la SACEM peut être majorée
à concurrence de l’apport d’un éditeur
indépendant.
L’aide à la création de musique
originale pour le court-métrage
En partenariat avec des structures relais, la
SACEM soutient la production de musique
originale de film de court-métrage (animation,
fiction, documentaire). Elle consiste en une
bourse d'écriture et en une dotation d'aide à la
production. Elle s'établit au total dans une
fourchette allant de 2 000 à 4 500 € et ne sera
accordée qu'aux films soutenus par une société
de production. Les dossiers peuvent être
déposés par le compositeur, le réalisateur ou le
producteur.
Principales dispositions du système
mis en place par Le FCM
Le Fonds Pour la Création Musicale (FCM)
dispose d'un programme d'aide à l'édition mis
en oeuvre avec le concours du ministère de la
Culture (DMDTS) afin d'accompagner les
éditeurs de musique dans leurs efforts de
développement. Il vient d'élargir l'application
de ce programme aux oeuvres créées pour le
cinéma. Les éditeurs sont donc susceptibles
de recevoir un soutien pour publier et mettre
à la disposition des formations orchestrales
un matériel d'orchestre (partitions) révélant
la musique de films remarquables.
Le nombre d’aides est limité à 3 par an et par
éditeur. Le montant des aides ne pourra excéder
30 % du montant du budget d’édition. L’apport
en fonds propres de l’éditeur représentera au
moins 50 % des dépenses.
CNC +33 1 44 34 34 40
www.cnc.fr
SACEM +33 1 47 15 48 86
www.sacem.fr
La Maison du Film
Court +33 1 40 34 32 44
www.maison-dufilm- court.org
FCM :
+33 1 48 78 50 60
www.lefcm.org
"La musique des
films restaurés"
“Tout le monde y trouve
son compte”
La restauration des films patrimoniaux permet
d'exhumer les chefs-d'oeuvre oubliés du cinéma
muet tandis que les acquis technologiques
récents favorisent de plus en plus la diffusion
de ces oeuvres vers un public élargi. Mais un film
muet est un film muet, et aujourd'hui, pour
séduire un auditoire dépassant le simple cadre
des connaisseurs avertis, il faut lui associer une
dimension sonore aboutie lui permettant de le
replacer dans un nouveau contexte,
contemporain et techniquement adapté ; c'est
pourquoi, dans la plupart des cas, une musique
originale est créée, apportant ainsi une nouvelle
dynamique à l'image.
Les “ciné-concerts” qui associent la projection
de films muets avec l'interprétation de
musiciens jouant une partition originale ont
intégré la programmation des formations
orchestrales et des festivals. C'est une
transposition raffinée
du théâtre cinématographique dans laquelle
l'orchestre outrepasse son rôle de simple
accompagnateur en participant à part égale à
l'émotion du spectacle. L'impact conjugué de la
musique, du magnétisme des musiciens et de
l'histoire racontée par l'image aboutit souvent à
une prestation unique et mémorable. Ainsi, de
nouveaux publics sont séduits et (re)découvrent
les racines de notre cinéma tout en ressentant l'émotion incomparable que peuvent
transmettre des musiciens sur scène.
La vaste étendue des films susceptibles d'être
révélés pour leurs qualités artistiques et
techniques, si on y associe la création
de nouvelles oeuvres musicales, permet
d'envisager la mise en place d'une véritable
politique du renouveau. D'ailleurs, lors du
dernier Festival de Cannes, en 2005, dans son
discours d'inauguration du Pavillon International
de la Musique de Film, Renaud Donnedieu de
Vabres, ministre de la Culture et de la
Communication, a clairement formulé ses
objectifs à cet égard en déclarant : “Enfin, je
suis particulièrement sensible aux initiatives qui
permettent, par des créations musicales
originales, de redonner vie à des oeuvres
cinématographiques du patrimoine, je pense par
exemple aux chefs-d’oeuvre du cinéma muet.”
Il s'agit bien là d'un nouvel essor donné à la
conjonction de nobles disciplines à travers
laquelle tout le monde y trouve son compte :
les cinéphiles, les compositeurs, les
organisateurs et même les éditeurs. Il faut en
effet savoir que, suite à ma demande, le Fonds
Pour la Création Musicale (FCM) vient d'élargir
l'application de son fonds pour l'édition musicale
aux oeuvres créées pour le cinéma. Ce qui
signifie que les éditeurs désireux de publier et
mettre à la disposition des formations
orchestrales un matériel d'orchestre révélant la
musique de films remarquables sont désormais
susceptibles de recevoir un soutien substantiel.
La relation entre la
musique et l'image est complexe car génératrice
d'un très large éventail d'émotions ; le cadre du
spectacle vivant, de plus en plus prisé, lié à la
prestation orchestrale, est donc le moyen le plus
attachant de découvrir dans les meilleures
conditions les chefs-d'oeuvre
cinématographiques du siècle dernier.
Et nul doute que le XXIe siècle nous fera profiter
de nouvelles découvertes, tant sur le plan
technique que sur celui de l'invention artistique,
contribuant ainsi à faire du “ciné-concert” une
forme incontournable.
Gréco Casadesus
Compositeur de la version restaurée en 2000 du chef d'oeuvre d'Henri Diamant-Berger, Les Trois Mousquetaires (1921)
A créé en 2005, à partir du même film, le spectacle : Les Trois Mousquetaires font du Cinéma
Serge Bromberg : “Mon
piano se met à parler”
Chercheur et restaurateur de films anciens, j’ai
monté avec Eric Lange, il y a 15 ans, une série de
spectacles uniques intitulés Retour de flamme ,
présentant des petits joyaux du cinéma retrouvés
miraculeusement dans les caves et les greniers.
La restauration doit être parfaite, surtout à une
époque où on attache beaucoup d'importance à
l'aspect visuel des choses. Mais, si restaurer
des films est un métier passionnant, complexe,
pluridisciplinaire, cela ne suffit pas, car le cinéma
d'antan n’a jamais été muet : la musique était
toujours présente, même si elle servait surtout
à couvrir les bruits désagréables et les
commentaires désobligeants émanant
de la salle….
Et puis l’image restaurée, même avec soin et à
grands frais, ne parle pas, alors qu'accompagnée
d’harmonies spontanées, elle semble reprendre
vie, venir vers nous, et s’adresser à nous.
Musicien dans l'âme, j’ai ainsi découvert que
mon piano était l’objet ultime du lien entre
l’image muette et sa musique restaurée et j'ai
décidé de devenir l'animateur, le présentateur,
et le pianiste de ces séances événements,
en jouant, non pas la partition d’époque,
perdue à tout jamais (lorsqu’elle avait existé),
mais une musique improvisée, issue du coeur.
Pour qu'elle vibre en symbiose avec l’image
qu'elle souligne, qu'elle anime, qu'elle trépigne.
Ces harmonies n’utilisent pas de mots, et
permettent ainsi aux films de voyager entre
les générations. Les jeunes et les moins jeunes
qui viennent, en famille pour partager des
images, tous âges confondus, me permettent
de dire : c’est gagné !
Le cinéma muet est toujours vivant !
C’est le défi de Retour de Flamme, et les milliers
de spectateurs à chaque séance me donnent
plus de responsabilité encore.
Pour eux, je joue. Par bonheur. Par plaisir.
Ce n’est plus de la musique, c’est de la magie.
Mon piano se met à parler, il va chatouiller
les zygomatiques des spectateurs hilares
qui retombent en enfance, et grâce à lui,
je peux leur dire : je vous aime.
Serge Bromberg
Directeur de Lobster Films
Créateur de la série de spectacles Retour de Flamme
Jérôme Diamant-Berger
“Il était une fois…”
Tout commença quand ma mère me loua un
petit projecteur 9,5 mm et des films muets de
comiques américains, Charlot, Mack Sennett,
Laurel et Hardy, Harold Lloyd. La projection
dans le silence et le noir de ma chambre avec
l’unique bruit du projecteur me ravissait. Mais
c’est quand j’y ajoutais la musique d’un 78 tours
ou d’un 45 tours que là tout semblait s’envoler
par-dessus les toits et je devenais, si ce n’est le
roi de Paris, en tout cas celui de ma maison, de
ma rue et de mon quartier !
Quelques années plus tard, mon grand-père
cinéaste disparut et je décidai de rechercher et
faire connaître ses films qu’à peu près tout le
monde avait oublié. La plupart de ses films
sonores, retrouvés et admirablement restaurés
par les Archives du Film, ont rapidement repris
vie. Mais ses films muets, eux, dormaient sans
bruit au fond de boîtes rouillées : ils étaient
orphelins, orphelins de bruits et de musiques…
Et ils me regardaient avec un p’tit air perdu, l’air
de dire… “Tu ne vas quand même pas nous
abandonner une fois de plus ? ” Alors, tout seul,
devant une table de montage, j’ai retrouvé en les
regardant la magie du cinéma dans la chambre
de mon enfance.
J’ai pris le plus grand, le plus long et le plus
connu de tous, Les Trois Mousquetaires, l’ai
nourri de musiques et de sons et me suis envolé
de nouveau au-dessus des toits…
Jérôme Diamant-Berger
Producteur
"Apprendre la musique de film"
70 % des compositeurs ne feront qu'une seule
musique de film dans leur carrière. Parce que les
occasions d'intégrer une nouvelle équipe sont
réduites. Parce que, pour se faire reconnaître,
il faut un succès en salle. Parce que les
techniques fondamentales d'expression
musicales pour l'image sont trop souvent
remplacées par des pratiques instinctives,
ou encore, que la fausse facilité procurée
par l'assistance de l'ordinateur masque la
nécessaire connaissance des techniques
spécifiques à ce langage. Un enseignement
spécialisé aiderait considérablement à
appréhender ces problèmes de façon plus
sereine, mais force est de constater qu'il est la
plupart du temps absent des écoles de musique
et des conservatoires.
Pourtant, si les erreurs du néophyte sont
souvent rédhibitoires, elles sont la plupart du
temps les mêmes… Apprendre la musique
de film, c'est d'abord apprendre l'image et le
langage cinématographique.
Apprendre à repérer les limites de l'espace
dans lequel la musique peut naître, évoluer,
se retirer. Apprendre à identifier ce que notes,
timbres et rythmes doivent ou ne doivent
pas signifier, comment et jusqu'où.
Savoir développer l'imaginaire pour en extraire
cette poignée de notes qui fera ressurgir l'esprit
d'un film tout entier, à tout moment, en tous
lieux, d'une simple écoute.
Apprendre la musique de film, c'est aussi avoir
le goût de la diversité. Car on peut trouver
autant de plaisir à écrire un motet qu'une salsa,
un blues qu'une fugue, suggérer un suspens,
donner un coup de pouce ou un coup d'arrêt à
un amour naissant ; en matière de musique pour
l'image, l'unique “contrainte” reste la synergie et
la cohérence entre le discours
cinématographique et le discours musical.
Nul besoin de maîtriser tous les styles, il faut
simplement être très attentif aux contenus
de chaque langage.
Bien sûr, il y a certains impératifs à assimiler
comme la synchronisation, le dosage entre la
fonction dramatique et la fonction esthétique,
ce qui induira des spécificités d'écriture,
d'orchestration : tous les instruments ne sont
pas d'égale transparence face à un dialogue ou
une ambiance sonore élaborée. Dans le film,
la musique est généralement plus ressentie
qu'écoutée, et son pouvoir émotionnel ne peut
être géré comme à l'occasion d'un concert.
Apprendre la musique de film, c'est enfin
apprendre l'ouverture, le dialogue avec un
réalisateur d'abord, pour trouver une expression
commune à des sentiments plus ou moins
facilement exprimables, mais aussi avec un
scénariste, un éditeur et un producteur. Cet
apprentissage ne doit pas être réservé aux seuls
musiciens : il doit s'ouvrir et intégrer les écoles
de cinéma, les ateliers d'écriture et toute
formation aux métiers de l'image et du son, ceci
afin de créer des passerelles entre des mondes
qui peuvent correspondre si on le veut bien.
Alors, avant de
s'essayer à synchroniser une musique lambda sur
des images, apprenons à comprendre ce qu'on
cherche à faire afin de répondre avec les solutions
les plus adaptées. Dans les conservatoires, les
écoles de musiques, les écoles de cinéma et
même dès les classes spécialisées des lycées et
collèges, définissons d'abord les pédagogies
adéquates. Et stimulons les découvertes; depuis
la rencontre de Prokofiev et d'Eisenstein, la
musique de film a fait naître tant d'univers
différents que le simple fait d'aller à leur rencontre
et de les analyser constituerait déjà un précieux
bagage que beaucoup ignorent encore.
Alain Bedier
Compositeur
Enseignant
| Les compositeurs dans le monde |
 |
"La musique de film sud-américaine"
La musique de film sud-américaine relève de
deux inspirations fondamentales. Une inspiration
internationale d'influence américaine et
européenne et une inspiration locale.
Pour comprendre ces deux sources, il faut se
pencher sur ce que représente le cinéma en
Amérique latine. Certaines régions ont leur vision
orientée vers l'Europe et les USA, c'est le cas de
Buenos Aires, ville que je connais le mieux pour y
avoir vécu les premières années de ma vie. Les
salles démesurées de cinéma des années 50, à
l'image du Radio City Music Hall de New York ou
de l’ancien Gaumont Palace de Paris pullulaient
par dizaines, là où le public se ruait jour et nuit
dans ce que l'on appelait "la rue qui ne dort
jamais" (calle Corrientes) et ses quartiers
environnants.
Une image d'Épinal très répandue voudrait faire
croire que les Argentins ne s'intéressent qu'au
tango. Cette nécessité de repères pour percevoir
l'image d'une société est en même temps le
principal obstacle à sa reconnaissance culturelle
dans la communauté internationale, avec le
risque de normalisation que cela implique.
Or les influences du jazz, de l'opéra, du cinéma et
des grands symphonistes américains et
européens, ont permis l'émergence de
compositeurs de musique de film qui ont su
gagner une renommée internationale, tels que
Lalo Schifrin, Gato Barbieri, Astor Piazzola, et
récemment Gustavo Santaolalla. Il y en a de
moins connus, tels que Tito Ribero, Horacio Malvicino, etc., des noms qui ne disent rien au
public international, car la diffusion de leurs films a
été pendant longtemps restreinte aux pays
hispanophones. Pourtant, ces compositeurs ont
une inspiration qui s'inscrit dans les grands
courants musicaux du XXe siècle. Seules les
oeuvres qui confortent l'image stéréotypée que le
public a de ces sociétés “exotiques” franchissent
le filtre de la distribution internationale.
La diversité culturelle passe non seulement par la
reconnaissance des expressions folkloriques ou
locales d'une société, mais aussi par la
reconnaissance de l'effort que leurs artistes font
pour inscrire leur production dans le patrimoine
mondial, en dépit des hégémonismes et des
formatages.
C'est le défi à relever pour préparer un nouvel
horizon, trouver la compatibilité entre diversité
culturelle et universalité culturelle, leurs
dénominateurs communs de manière à exclure
les communautarismes, déviances,
sectarismes... Jusqu'à présent, on assiste à
l'alternative, voire l'antagonisme entre universalité
des marchés (libéralisme, mondialisation,
hégémonie culturelle) et particularismes socioculturels...
À cet égard il nous faut de nouveaux gestes
créateurs, de nouveaux langages
dramaturgiques dans le domaine de la musique
et de la cinématographie. Les réflexions
apportées par les différentes commissions etateliers de FFACE et de l'UCMF peuvent être des
fers de lance pour que les générations futures de
réalisateurs et de compositeurs trouvent de
nouveaux paramètres, plus universels et, en
même temps, plus attentifs aux différences.
Et dans cette recherche, le compositeur de
musique de film, funambule de l'histoire,
explorateur des cultures, a un véritable rôle à jouer.
Mario Litwin
compositeur
"Musique et images au Japon"
Force est de constater que nos amis nippons
ont su imposer un style bien à eux dans le
paysage de la musique de film. Toute une
génération de compositeurs japonais rayonne
maintenant au plan international. On n'ignore
plus les noms de Joe Hisaishi, Ryuichi
Sakamoto ou bien Kenji Kawaï qui se sont peu à
peu affirmés comme les étendards de cette
vague nouvelle.
Méfions-nous de toutes généralités, mais
disons tout de même qu'à l'heure actuelle, la
tendance de fond chez les compositeurs
japonais du moment se résume à une musique
tournée vers l'innovation (reflet d'une société
ouverte sur l'avenir, ce que l'on perçoit
immédiatement lorsque l'on pose le moindre
orteil sur le sol nippon), agrémentée d'une sorte
de classicisme presque anecdotique issu des
codes de la musique occidentale.
Des thèmes simples, une orchestration souvent
hybride entre synthétiseur et orchestre. Il faut
dire que les Nippons n'ayant pas tout notre
passif culturel en matière de musique
symphonique, abordent ces temps-ci
l'orchestre de manière souvent candide,
innocente, voire "bon enfant", le combinant
avec des synthétiseurs créés le plus souvent
par la technologie... japonaise. De cela, une
nouvelle esthétique est née. Pas de surenchère
technique dans l'écriture. On peut même dire
qu'héritiers d'une esthétique dépouillée (Zen)
ils sont allés vers un minimalisme qui a su
séduire hors frontières.
Cette simplicité apparente n'a cependant pas
toujours été de mise. On se souvient de Toru Takemitsu (La femme des sables) dont la très
grande sensibilité était largement influencée par
la musique contemporaine européenne de
Ligeti, Messiaen et Boulez. Idem plus tard pour
Shinichirô Ikebe (L'Anguille, Rêves, De l'eau
tiède sous un pont rouge). Avec ces
compositeurs on se rapproche de ce qui se fait
en Europe : écriture complexe, emprunt des
circonvolutions stylistiques que nous avons su
aboutir en Occident, etc.
Puis la musique a commencé à glisser vers une
sorte de métissage avec des compositeurs
comme Ryuichi Sakamoto, inspirés par des
compositeurs comme Ravel et Brahms, et qui
ont su combiner les règles de la musique
occidentale à celle d'une esthétique nippone.
Enfin apparaissent Joe Hisaishi, Kenji Kawaï ou
Shoji Yamashiro qui ont fait aboutir cette
orientation en la prolongeant dans une optique
de singularité nippone.
On peut dire qu'en 50 ans les Japonais sont
passés du stade de l'influence occidentale à
celle de l'innovation et ont acquis un rang de
créateur de tendance.
Actuellement la musique de film japonaise se
caractérise bien souvent par une épure à l'image
du Théâtre Nô et du Gagaku, à laquelle elle
associe, par touches, certains éléments d'une
écriture occidentale. Le tout, souvent
intelligemment enrobé d'une fine couche de
"plastique", ouvrant ainsi un nouveau champ
de possibilités à nos petites oreilles.
Elle ne se contente pas d'inclure des sonorités
traditionnelles ou exotiques dans un langage occidental mais, bien au contraire opère une
véritable fusion qui risque d'influencer encore
longtemps la musique cinématographique de ce
début de 21e siècle.
Olivier Florio
compositeur
| Les
récompenses décernées en 2005/2006 |
 |
France
• • •
Festival Musique et Cinéma
2005 (Auxerre – oct.)
Clef d’or – Grand prix /First prize
Habana blues (B. Zambrano) – Habana
blues
Prix du public / Public Choice Award
Zaina, Cavalière de l’Atlas (B.Guerdjou) –
Cyril Morin
Prix de la meilleure vente de BO pour
un film français / Better sales for a
french soundtrack album
Les choristes (C. Barratier) – Bruno
Coulais
Prix d’honneur pour leurs carrières /
Award for achievement in film music
Francis Lai, Eric Serra
Quinzaine des réalisateurs
2005 (Festival de Cannes / Cannes Film
Festival - mai/may)
Prix Gras Savoye / Gras Savoye Award
A bras le corps (K. Quillévéré) -
The Langley School Music Project
Etoile de la Presse 2006
(Paris – jan.)
Meilleur compositeur de musique
originale / Best soundtrack composer
Alexandre Desplat - De battre mon coeur
s’est arrêté (J. Audiard)
César 2006
(Paris – fev./feb.)
Meilleure musique de film/ Best score
De battre mon coeur s’est arrêté
(J. Audiard) – Alexandre Desplat
Les Victoires de la Musique 2006
(Paris – mars/march)
Meilleure musique originale de
l’année / Best soundtrack album of the
year
La marche de l’Empereur (L. Jacquet) –
Emilie Simon
Europe
• • •
World Soundtrack Academy
Awards 2005
(Belgique / Belgiumoct.)
Meilleure partition originale de l’année /
Best original score of the year
War of the worlds (S. Spielberg) – John
Williams
Meilleure chanson originale / Best
original song written for a film
Old habits die hard – David A. Stewart
and Mick Jagger – Aflie (C. Shyer)
Compositeur de l’année / Film music
composer of the year
Angelo badalamenti – Un long dimanche
de fiançailles (J.-P. Jeunet)
Découverte de l’année /
Discovery of the year
The Incredibles (B. Bird) – Michael
Giacchino
Prix du public / Public choice Award
Alexander (O. Stone) - Vangelis
Prix pour l’ensemble de la carrière /
Lifetime achievement Award
Jerry Leiber and Mike Stoller
Festival de Gand 2005
(Belgique / Belgium – oct.)
Prix Georges Delerue / Georges
Delerue Award, for best music
Proof (J. Madden) – Stephen Warbeck
European Film Award 2005
(Allemagne / Germany – déc.)
Meilleur compositeur européen de
l’année / Best european film music
composer
Rupert Gregson-Williams et Andrea
Guerra – Hotel Rwanda (T. George)
Premios Goya 2006
(Espagne / Spain – jan.)
Meilleure musique originale /
Best original soundtrack
Habana blues (B. Zambrano)
Meilleure chanson originale / Best
original song written for a film
Me llaman calle – Manu Chao –
Princesas (F. León de Aranoa)
British Academy Award
(BAFTA 2006) (Angleterre /
England – fev./feb.)
Prix Anthony Asquith / Anthony
Asquith Award
Memoirs of a geisha (R. Marshall) –
John Williams
Festival de Berlin 2006
(Allemagne/ Germany - fev./feb.)
Ours d’Argent de la meilleure
musique de film / Silver Bear for
best film music
Isabella (P. Ho-Cheung) – Peter Kam
USA / Canada
• • •
Satellite Awards 2005
Prix de la Presse Internationale /
International Press Awards
(Usa – dec.)
Meilleure chanson originale /
Best original song
A Love That Will Never Grow Old –
Bernie Taupin et Gustavo Santaolalla –
Brockeback mountain (A. Lee)
Meilleure musique originale /
Best original score
Kingdom of heaven (R. Scott) –
Harry Gregson-Williams
Golden Globes 2006
(USA - jan.)
Meilleure musique originale /
Best original soundtrack
Memoirs of a Geisha (R. Marshall) –
John Williams
Meilleure chanson originale /
Best original song
A Love That Will Never Grow Old– Bernie Taupin et Gustavo Santaolalla – Brockeback mountain (A. Lee)
Grammy Awards 2006
(USA – fév./feb.)
Meilleur album de compilation /
Best compilation soundtrack album
Ray (T. Harckford) – Ray Charles
Meilleur album de musique de film /
Best soundtrack album
Ray (T. Harckford) – Ray Charles
Meilleure chanson originale /
Best original song
Believe – Josh Groban, Glen Ballard &
Alan Silvestri – The polar express
(R. Zemeckis)
OSCARS 2006
(USA – mars/march)
Meilleure musique / Best original score
Brockeback mountain (A. Lee) –
Gustavo Santaolalla
Meilleure chanson originale /
Best original song
It’s hard out here for a pimp –
Jordan Houston, Cedric Coleman, Paul
Beauregard – Hustle & Flow (C. Brewer)
Genie Awards 2006
(Canada - mars/march)
Meilleure musique originale /
Best original score
Water (D. Mehta) – Mychael Danna
Meilleure chanson originale /
Best original song
When wintertime - Glenn Buhr, Margaret
Sweatman – Seven times lucky (G. Yates)
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| Les
associations de compositeurs de musique de film |
 |
EUROPE
FFACE : Federation of Film and Audiovisual Composers of Europe.
Tel : à mettre à jour
http://www.fface.eu
ALLEMAGNE
CC Composers Club e.V.
Tel : +49 47 45 93 15 94
http://www.composers-club.de
ebekker@composers-club.de
BELGIQUE
Union des Compositeurs Belges (UCB)
Tel : +32 22 86 83 81
CANADA
Guild of Canadian Composers (GCC)
Tel: 416 410 5070
http://www.gcfc.ca
ESPAGNE
Asociacion de compositors de musica para audiovisual (MUSIMAGEN)
Tel: +34 914 312 089
http://www.musimagen.com
FRANCE
Union des Compositeurs de Musique de Films (UCMF)
Tel : + 33 1 60 11 24 00
http://www.ucmf.fr
USA
The Society of Composers and Lyricists (SCL)
Tel: +001 310 281 2812
http://www.thescl.com
The Film Music Society (FMS)
Tel : + 001 (818) 789 64 04
http://www.filmmusicsociety.org
info@filmmusicsociety.org
Autres associations
:
AUTRICHE
Austrian Composers Society
Tel: +43 17 14 72 33
http://www.komponistenbund.at
oekb@chello.at
BULGARIE
Union of Bulgarian Composers (UBC)
Tel: 359 2 988 1560
http://www.ubc-bg.com
mail@ubc-bg.com
CROATIE
Croatian Composers’ Society (HDS)
Tel: +385 1 4872 370
http://www.hds.hr/main/default_en.htm
info@hds.hr
DANEMARK
Danish Composers Society
(DCS)
Tel: +45 33 13 54 05
http://www.komponistforeningen.dk
dk@komponistforeningen.dk
ESTONIE
Estonian Composers Union
Tel : +372 2 6 44 41 03
GRANDE BRETAGNE
British Academy of Composers and Songwriters
Tel : +44 20 76 36 29 29
http://www.britishacademy.com
info@britishacademy.com
GRECE
Greek Composers’ Union (GCU)
Tel: +30 1 72 50 011
http://www.mmb.org.gr
IRLANDE
Association of Irish Composers (AIC)
Tel: 353 1 4961 484
http://www.composers.ie
info@composers.ie
ISLANDE
Society of Icelandic Composers
Tel: +354 561 2171
kjol@ismennt.is
ITALIE
Confederazione della musica Italiana
Tel : +39 02 48 46 36 16
confedermusica@libero.it
LETTONIE
Latvian Society of Composers
Tel: +371 729 30 59
http://www.music.lv/composers/union/
lks@td.lv
LITUANIE
Lithuanian Composers Union (LCU)
Tel: + 370 2 22 36 11
http://www.mic.lt
NORVEGE
Norwegian Society of Composers
Tel: +47 22 41 82 40
http://www.komponist.no
NOUVELLE ZELANDE
Composers Association of New Zealand (CANZ)
http://www.canz.net.nz
Gilllianwhitehead@xtra.co.nz
POLOGNE
Polish Composers Union (PCU)
Tel: +48 22 31 1741
http://www.zkp.org.pl
SUEDE
Society of Swedish Composers
Tel: 46 87 83 95 90
http://www.fst.se/
USA
American Society of Music Arrangers and Composers (ASMAC)
Tel: +001 818 994 46 61
http://www.asmac.org/frameshome.html
dellhake@earthlink.net
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