UNION DES COMPOSITEURS DE MUSIQUES DE FILMS - PAVILLON INTERNATIONAL DE LA MUSIQUE DE FILM

Éditoriaux
       Renaud Donnedieu de Vabres : "La musique est l'âme d'un film"
       Gilles Tinayres : "Nous sommes des inventeurs…"
       Bernard Miyet : "La musique de film, un élément majeur de la création"
       Véronique Cayla : "Bienvenue au 59e Festival de Cannes"
       Patrick Doyle : "La musique, premier rôle"
       Dan Foliart : "Nous parlons tous le même langage…"
       Bernard Grimaldi : "Naissance d'une fédération"

Points de Vue :

       Jacques Davidovici : "L’intuition du film"
       Guy-Roger Duvert : "Du peer… au meilleur"
       Pierre-André Athané : "La musique de film une chance pour les jeunes compositeurs"
       Sophie Loubière : "La carpe et le lapin"
       Vivien Villani : "Compositeur et réalisateur, pourquoi collaborer ?"
       Séverine Abhervé : "Les étoiles disparues de la musique de film"
       Ce qu'ils en pensent…

Marché/Industrie :
       Denis Dreith : "Le marché de la musique de film"
       Les aidesà la musique de film enFrance
       Gréco Casadesus : "La musique des films restaurés"
           Serge Bromberg : “Mon piano se met à parler”
           Jérôme Diamant-Berger “Il était une fois…”
       Alain Bédier : "Apprendre la musique de film"

Les compositeurs dans le monde :
       La musique de film sud-américaine
       Musique et images au Japon

Les récompenses décernées en 2005/2006
Les associations de compositeurs de musique de film

Télécharger la brochure "La Musique au coeur de l'image" au format pdf (22 Mo)

 

Éditoriaux


"La musique est l'âme d'un film"

Nous avons tous éprouvé le fabuleux pouvoir d’évocation de la musique de film, capable, en quelques notes, de nous faire retrouver l’atmosphère, les grands moments, le frisson et la beauté même d’une œuvre cinématographique. Du Mépris à La Guerre des étoiles, en passant par Il était une fois dans l’Ouest, la musique, par-delà ses fonctions de ponctuation et de dramatisation, est bien la mémoire même et l’âme d’un film.

Je suis donc très heureux que Gréco Casadesus et l’Union des Compositeurs de Musiques de Films – que je salue – aient choisi, l’année dernière, de la mettre à l’honneur, dans ce Pavillon international de la musique de film.

Je me réjouis que, pour cette deuxième édition, Alexandre Desplat, qui a remporté le César 2006 de la meilleure musique écrite pour un film, De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard, offre une leçon de musique dans le cadre du 59e Festival de Cannes. Sa carrière internationale ne peut que servir d’exemple aux jeunes compositeurs.

Les pouvoirs publics, grâce à l’action du Centre national de la cinématographie (CNC), s’emploient à encourager ce choix d’une musique créée pour un film. J’y vois une manière de promouvoir la création musicale et de lui offrir une audience nouvelle : j’espère que ce 59e Festival de Cannes sera l’occasion pour de nombreux compositeurs français de trouver de nouvelles opportunités de collaborations en France et à l’étranger.

Renaud Donnedieu de Vabres
Ministre de la culture et de la communication


"Nous sommes des inventeurs…"

Non, la musique de film n'est pas un sous-produit de la musique classique, et le film n'est pas un juke-box pour musiques préexistantes et tubes du commerce. Ceux qui l'aiment, qui en connaissent les vertus et lui permettent d'exister, scénaristes, réalisateurs, producteurs, éditeurs, monteurs, ceux-là à qui je veux rendre hommage ici connaissent bien ce supplément d'âme qu'apportera la musique spécifiquement conçue pour le scénario et l'image d'une oeuvre cinématographique. C'est à leur attention que nous avons entrepris la publication de ce recueil d'idées, d'analyses et d'avis, reflets de nos attitudes passionnées.

Plus les techniques et les champs de distribution évoluent, plus il faut le rappeler : le cinéma est un art et le film est une oeuvre. Personne ne songerait à dénier aux peintres leur statut d'artiste, et à leurs toiles, celui d'oeuvre. Ce n'est pas aussi évident pour le cinéma. Tant< que nous pourrons conserver au film et à ses composantes les critères artistiques qui sont induits dans ce mot, nous nous garderons de ce qui est sans doute l'ennemi le plus perfide du cinéma : sa classification au rang de produit de consommation courante. La multiplication des canaux de diffusion comme l'accessibilité grandissante aux chefs-d'oeuvre du 7e art sont évidemment positifs, mais banalisent l'acte de s'inviter au spectacle d'un bon film. Et oblitèrent du même coup cette notion d'exception qui est encore celle d’aller au concert ou à une exposition.

Il n'est pas question de revenir en arrière. Mais juste de garder l'oeil ouvert sur les risques
grandissants que l'on fait courir à l’oeuvre. Même si l'art d'écrire et l'exigence de vivre ne font pas toujours bon ménage, nous tous, peuples du cinéma, nous sommes des inventeurs, et nous voulons le rester. Inventeurs de mots, d'histoires, d'images, de sons, de techniques, de timbres, de mélodies, d'émotions. Tant qu'on pourra reconnaître à la musique de film le pouvoir de faire battre un coeur plus fort, de rendre un danger plus menaçant, d'exalter la beauté d'une femme, tant que toute quête d'émotion rôdant dans les salles pourra trouver autour de l'écran l'objet de son désir, nous aurons le pouvoir d'exercer notre art au diapason de ses possibilités infinies.

C'est en cela qu'il est essentiel de défendre la musique originale ; plus nous inventerons de nouveaux imaginaires, plus nous alimenterons la source qui permettra de maintenir le cinéma dans le giron des produits d'exception.

Gilles Tinayres
Compositeur
Président de l'UCMF


"La musique de film, un élément majeur de la création"

Depuis quelques années, la musique de films est mieux reconnue comme un élément majeur de la création, et comme un enjeu pour les industries culturelles au sens large.

Dans le domaine du cinéma et de la télévision, des compositeurs mobilisés ont su trouver auprès des organisations professionnelles et des institutions les partenaires dont ils avaient besoin pour faire prendre pleinement conscience de l'importance de la musique dans le film afin de permettre la mise en place de nouveaux moyens financiers au service de sa production.

Tandis que le CNC lançait une nouvelle aide à la musique de film de long métrage, la Sacem mettait en place en 2005, sur son budget d'action culturelle, un fonds de soutien à la musique originale pour la filière audiovisuelle. De même que la musique s'envisage, à l'ère des technologies numériques et du multimédia, dans une relation toujours plus étroite avec l'image, il est temps en effet d'aborder la question du financement de cette création tant pour le cinéma que pour la télévision. Nous avons, par ailleurs, assisté ces deux dernières années à une mobilisation renforcée des industries du cinéma et du jeu vidéo, confrontées à leur tour à cette piraterie massive qui avait frappé quelques années plus tôt, et dans une relative indifférence, la filière musicale. Ne nous y trompons pas : ce sont bien désormais aux mêmes enjeux que sont confrontés l'ensemble des professionnels de l'image et du son. Ainsi, la téléphonie mobile est devenue grande consommatrice d'images après avoir été uniquement sonore. Dans un cas comme dans l'autre, la protection des droits d'auteur est un enjeu essentiel, et la Sacem y prend toute sa part.

Ainsi, la question de la relation entre la musique et l'image renvoie de façon sans cesse renouvelée à une grande variété de considérations : artistiques, économiques et techniques...

Les actions engagées par la Sacem, à l'occasion de grandes manifestations telles que le Festival de Cannes, comme au travers de ses programmes permanents d'action culturelle, s'attachent à apporter des réponses adaptées, à ces différents niveaux, aux attentes exprimées par les professionnels, et elle se félicite de bénéficier de la coopération de l'UCMF dans ce combat.

Bernard Miyet
Président du Directoire de la Sacem
Président du GESAC


"Bienvenue au 59e Festival de Cannes"

Je suis heureuse de saluer la présence pour la seconde année consécutive du Pavillon international de la Musique de film au Festival de Cannes. Cela reflète l’importance de la place de la musique dans les cinématographies du monde et je me réjouis de cette évolution remarquable.

Je tiens à renouveler le soutien du Centre national de la cinématographie à l’UCMF pour cette 59e édition du Festival de Cannes et je souhaite une pleine réussite à l’ensemble des actions menées dans ce cadre.

Véronique Cayla
Directrice générale du CNC


"La musique,premier rôle"

Je suis profondément reconnaissant à l’UCMF de m’avoir demandé d'être le premier Parrain du Pavillon International de la Musique de Film. C’est, pour moi, à la fois un honneur et un privilège d’être ainsi sollicité et de pouvoir exprimer l’enthousiasme que j’éprouve à l’idée de l’existence de ce Pavillon à Cannes.

Dans l’univers cinématographique, j’ai toujours le sentiment que la musique tient une place aussi importante qu’un premier rôle car elle est source permanente d’émotion à l’arrière-plan du film. Récemment, le pouvoir de la musique et son influence dans le monde de l’image se sont considérablement renforcés avec l’émergence de structures comme l’UCMF et FFACE.

Depuis mes débuts pour le cinéma, il y a 20 ans, après 10 ans passés à composer pour le théâtre, j’ai pu observer la montée en puissance de l’importance et de la popularité de la musique de film. Hollywood sollicite régulièrement les compositeurs d’origine européenne dont j’aime à penser que je fais partie, car nous apportons une perspective souvent différente, influencée par notre propre héritage culturel et historique, et par une envie constante de renouvellement et d’innovation qui nous porte au présent et, sans nul doute, continuera de nous porter demain.

Écrire de la musique pour des images est un formidable plaisir dont j’adore chaque étape. C’est le sel de ma vie et, au final, ma raison d’être. Grâce à la bonne santé relative de l’industrie cinématographique, la musique de film et, dans mon cas, la musique symphonique orchestrale semblent assurées d’un avenir plein de promesses. Peu de gens réalisent que cette forme d’expression artistique est très jeune puisque ce n’est que dans les années trente que l’on a pu mettre du son sur des images !

Je vous remercie profondément de l’honneur que vous me faites.


Patrick Doyle
Premier parrain du Pavillon international de la Musique de Film
Compositeur


"Nous parlons tous le même langage…"

Bienvenue, une fois encore, au Pavillon International de la Musique de Film. Je suis profondément heureux de son très grand succès et de l’opportunité ainsi donnée aux compositeurs de se rencontrer les uns les autres.

L’UCMF a réalisé un extraordinaire travail en créant un lieu ou ceux qui participent à la plus importante manifestation cinématographique au monde peuvent célébrer la prestigieuse expression artistique qu’est la musique de film. Ceux d’entre vous dont l’expertise se situe dans d’autres domaines du cinéma pourront ressentir la magie que la musique et les chansons peuvent apporter à l’art cinématographique, et, sans nul doute, en tirer une meilleure compréhension de notre art et un enrichissement de leur expérience de spectateurs.

La musique est véritablement une langue universelle. Qu’un compositeur réside en France ou aux Etats-unis, nous parlons tous le même langage. Notre contribution, comme compositeurs ou comme paroliers, ne connaît pas les frontières et n’est-ce pas fantastique ?

Les nominés aux Oscars de cette année avaient des origines aussi diverses que l’Espagne, l’Argentine et les Etats-unis. Nous avons eu le privilège d’organiser une projection du film Brokeback Mountain quelques mois avant que Gustavo Santaolalla obtienne l’Oscar de la Meilleure Musique Originale.

Une grande part de ce qui rend notre métier si particulier tient dans la diversité culturelle de nos influences. Chaque partition, chaque chanson porte la marque unique du talent de son auteur qui est lui-même en partie inspiré par son environnement géographique. J’ai eu le plaisir d’interviewer, l’année dernière pour notre magazine plusieurs fois récompensé, The Score, le compositeur polonais Jan AP Kaczmarek qui a lui-même remporté un Oscar et qui construit actuellement un Institut dans l’ouest de la Pologne, à proximité de l’Allemagne, qui a vocation à devenir un lieu de rencontres et d’échanges pour les artistes du monde entier.

Ici, aux Etats-Unis, notre organisation, la Society of Composers and Lyricists a célébré l’année dernière un moment important. Nos membres ont été nominés et ont reçu plusieurs récompenses (Oscars, Emmy Awards et G.A.N.G Awards qui récompensent les meilleurs jeux vidéo). Nous comptons maintenant plus de 900 membres dont quelques-uns des plus grands noms du métier.

La Society of Composers and Lyricists s’est inspirée, pour la protection de ses membres, d’un groupe éminent qui fut créé en 1945, la Screen Composers Association. Non seulement, leur organisation nous a précédés, mais ils ont montré la voie en édifiant les standards d’excellence qui sont la marque de la large communauté de compositeurs spécialisés dans le cinéma. Depuis cette époque il y a toujours eu ici, aux Etats-unis, une structure pour informer et aider ses membres dans le monde en constante évolution de la musique de film.

Notre défi technologique le plus récent est le téléchargement de nos oeuvres sur Internet. Nous travaillons main dans la main avec les organisations de protection de droits d’auteur pour nous assurer que notre travail demeure justement rétribué.

En conclusion, je vous souhaite beaucoup de plaisir à Cannes. La musique de film non seulement vous inspirera, mais elle vous touchera au plus profond de l’âme.


Dan Foliart
Président de la Society of Composers and Lyricists


"FFACE naissance d’une fédération"

“FFACE, Federation of Film & Audiovisual Composers of Europe, est donc née, il y a tout juste trois mois… et il est, bien entendu, beaucoup trop tôt pour tirer un bilan… Nous en sommes encore aux prémices de notre existence, mais nous avons déjà pu mesurer, à Vienne en février notamment, le poids de notre fédération.

La déclaration de Vienne, acte de naissance d’une plate-forme unifiée regroupant tous les compositeurs de musique européens et dont FFACE deviendra naturellement un des piliers est la preuve magistrale du bien fondé et de l’utilité immédiate de notre Fédération.

À terme, et c’est là notre but, nous avons vocation à peser sur les décisions prises à Bruxelles concernant la création musicale audiovisuelle et cinématographique.

Pour cela, il nous faut exister, faire la synthèse de nos problèmes spécifiques, être présent au sein des instances de discussion et d’élaboration des politiques culturelles nationales et européennes, proposer des solutions et des voies de réflexion.

Les récentes tentatives en France et maintenant en Espagne, pour remettre en cause le principe même du droit d’auteur, nous montrent combien la menace de voir s’étioler en quelques années nos moyens d’existence est réelle, et, à quel point il était important de s’unir.

S’unir, c’est travailler ensemble, nous tous compositeurs de musiques de films, de documentaires, d'oeuvres audiovisuelles en général, et c’est la raison d’être de FFACE.

S’unir, c’est aussi travailler et réfléchir avec la communauté élargie de tous les créateurs (compositeurs, réalisateurs, scénaristes) et des différents acteurs dont l’activité est interdépendante de la nôtre (sociétés de gestion de droits, éditeurs, producteurs) à l’élaboration des structures et des outils nécessaires pour relever les défis posés par la transformation vertigineuse du monde dans lequel nous vivons.

Au travail et longue vie à FFACE !


Bernard Grimaldi
Compositeur
Président de FFACE
(www.fface.eu)

Les associations membres :
Allemagne : CC Composers - Angleterre : BAC&S - Danemark : DPA - Espagne : MUSIMAGEN - Finlande : ELVIS - France : UCMF - Suède : FST - Suisse : UFMC
Pays entrant :
Autriche: OKB

 

Points de vue


"L’intuition du film"

Lorsqu’on regarde un film, trois sortes d’information nous parviennent simultanément. D’abord l’image bien sûr (vitesse de la lumière oblige !) qui s’imprime sur notre rétine, et arrive au cerveau pour que celui-ci l’analyse. Une fois cette image décodée, le spectateur pourra alors éventuellement y réagir émotionnellement, mais seulement après l’avoir “comprise”.

Les dialogues ensuite, qui eux aussi s’adressent principalement à notre intelligence, de même que les bruitages qui donnent de la réalité à ce que l’on voit ou à ce que l’on devine. Encore du travail pour notre cerveau qui pense.

Et il y a la musique.

La musique, elle, ne s’adresse pas à notre intelligence. Elle n’a pas besoin d’être “comprise”.
La musique parvient directement à notre cerveau “primitif”, celui des instincts, des émotions, celui qui ne “pense pas”, mais qui ressent.

Le fait que la musique ne s’adresse pas à notre raisonnement lui permet (et c’est là toute l’astuce) de faire entendre un discours totalement autonome, simultanément au “discours” de l’image, et à celui des dialogues.

Le cinéma, c’est ça : écouter 3 langues différentes en même temps, et tout comprendre d’un seul coup!

Et la musique de film, c’est ça : un discours plein de sens, mais qui ne cherche pas à nous convaincre, qui est à la fois autonome, et intimement lié aux images.

La musique, c’est l’intuition du film.

Et parce qu’elle parle à notre coeur et pas à notre pensée, la musique est l’élément du film qui s’imprime le plus durablement dans notre mémoire. C’est elle qui prolonge la vie du film en nous.

Si le silence après Mozart c’est encore du Mozart, on peut dire que la musique du film, après le film, c’est encore du cinéma...

Jacques Davidovici
Compositeur


"Du peer… au meilleur"

Jamais la musique n’aura subi des changements aussi majeurs que durant ces 20 dernières années. L’arrivée de l’informatique musicale a bouleversé le mode de travail et les possibilités dans le domaine de la composition.

Mais un bouleversement technologique plus récent est en train de changer radicalement l’univers de la musique : Internet. Plus encore que le mode de création musical, le net est train de donner des ailes aux débouchés commerciaux s’offrant à une musique.

Pour la première fois, Internet permet aux particuliers d’acquérir des musiques en tant que bien immatériel. Désormais sous forme de fichiers, la musique se glisse partout, se joue partout, se… copie partout. Le CD reste encore aujourd’hui le premier support de vente, mais avec le développement des plates-formes de ventes légales de musique, on est quasiment sûr de voir le fichier numérique prendre le dessus dans l’avenir proche.

Autre conséquence de l’essor d’Internet : l’apparition du peer-to-peer. Il s’agit de logiciels permettant aux utilisateurs de mettre en commun leurs fichiers (musicaux ou autres) et d’ainsi les échanger entre eux. D’où une nouvelle facilité de piratage qui n’existait pas auparavant, puisque l'utilisateur a désormais sous sa souris, un gigantesque catalogue d'oeuvres téléchargeables gratuitement à sa portée. Qui plus est d'excellente qualité. Ce “piratage admis”, représente un danger réel pour les industries musicales, qui commencent à en ressentir sérieusement les effets.

Face à ce problème des solutions commencent à voir le jour, propositions de changement qui vont dans des directions variées mais souvent compatibles entre elles.

Chaque semaine, de nouvelles idées apparaissent. La situation actuelle est confuse, tant chacun propose ses solutions, apporte son élixir miracle, mais en aucun cas il ne s’agit d’un désastre irréparable.

Au contraire, les points positifs sont nombreux : Le fait de pouvoir faire transiter des fichiers via le web a facilité le travail des compositeurs travaillant à l’international. D'autre part, il est désormais possible pour n’importe quel artiste de présenter ses musiques sur un site personnel, et à partir de ce site, au choix, de vendre ou permettre le téléchargement gratuit de ses oeuvres. Internet permet déjà maintenant à n’importe qui sur la planète d’acheter n’importe quel titre musical (du moins ceux qui sont numérisés) pour un prix extrêmement bas. Jamais dans l’histoire de la musique, les consommateurs n’ont eu accès à la musique à un coût aussi faible ! Par ailleurs, le développement accéléré des catalogues des plates-formes légales rend possible pour le particulier un accès à un éventail de musiques bien supérieur à tout ce dont il avait pu disposer par le passé.

Mais quelles que soient les solutions envisagées, les performances réalisées, qu'on se garde bien d'oublier dans les définitions futures du cadre légal des offres au public l'un ou l'autre des secteurs professionnels, du cinéma et de l'audiovisuel. Tout ce qui justifie d'un droit, d'une royaltie, au titre d'une création, d'une performance ou d'un financement, devra se retrouver dans cette nouvelle donne. Sous peine de faire sérieusement chanceler l'édifice déjà fragile du Septième Art.

Guy-Roger Duvert
Compositeur


"La musique de film une chance pour les jeunes compositeurs"

Y a-t-il un avenir actuellement pour un jeune musicien qui se destine à être compositeur?

Dans un monde artistique et culturel bouleversé par les révolutions technologiques qui multiplient les supports, la vitesse et la qualité des échanges (si bien que la musique semble sortir de partout et par toutes sortes de procédés nouveaux), dans une époque qui se souvient de tout, qui écoute tout, y compris la musique du bout du monde ou du fond du temps, quel peut être le destin de celui qui a choisi d’en faire son métier?

Composer est davantage une nécessité qu’un véritable choix, répondront les intéressés qui, la plupart du temps, créent de la musique avant tout parce que c’est une de leurs raisons de vivre.
Oui mais en vivre, justement, comment en vivre ?

À part à attendre d’hypothétiques commandes publiques ou privées, les compositeurs doivent se rendre à l’évidence: le plus sûr moyen de vivre de sa musique est de composer une musique “appliquée”, que ce soit au théâtre, à la danse, mais surtout à l’image sous toutes ses formes, depuis la publicité jusqu’au jeu vidéo en passant par le support privilégié par tous, le plus prestigieux aussi: le cinéma.

Les compositeurs de tous les temps ont vécu — plus ou moins bien comme on le sait — de commandes. Et ce qui est vrai en France l’est aussi en Europe et dans le monde: à l’heure actuelle, la commande d’une musique de film est probablement une des meilleures choses qui puisse arriver à celui qui débute dans ce métier.

C’est l’occasion d’écrire pour des interprètes musiciens – ce qui est hélas de plus en plus rare –, parfois même pour un grand orchestre, et d’enregistrer dans de bonnes conditions.

C’est l’occasion aussi de s’obliger à composer dans différents styles, de s’adapter à l’émotion des personnages, des images, de suivre une progression dramatique.

C’est enfin avoir l’opportunité de la reconnaissance de son talent, qui pourra aller bien au-delà du film lui-même.

Pourtant certains musiciens ou musicologues grincheux ont vu et voient encore dans la musique de film l’occasion de produire une sorte de “sous musique”, dévaluée par les concessions faites à un tyran nommé réalisateur et à d’autres nommés producteurs ou distributeurs : prière de faire miauler les violons dans la scène d’amour…

Tout cela est vrai aussi parfois.

Mais quelque chose semble l’emporter chez la plupart des jeunes compositeurs : c’est la magie du rapport à l’image. Car de l’imaginaire, nécessaire à toute inspiration, à l‘image, celle qu’on regarde ou projette, il n’y a qu’un pas: la musique naît souvent de l’image comme l’image – certains réalisateurs le disent – peut se construire sur une musique. Devenir compositeur de musique de film pour un jeune artiste musicien est donc bien davantage qu’un moyen de gagner sa vie, c’est l’entrée dans une aventure qui n’en est qu’à ses débuts et ne peut que s’enrichir au fil du temps. C’est l’occasion aussi, à travers la rencontre avec un réalisateur, de vivre la passionnante expérience de la confrontation de deux univers d’auteurs. Il faudrait simplement pour cela que le cinéma, comme les autres formats audiovisuels, donne toute sa place à la création musicale et devienne aussi un terrain d’expérience pour toutes sortes de musiques appliquées à toutes sortes d’images. Ne manquons pas les nouveaux Mozart: confions leur des films pour qu’ils puissent entrer, eux-aussi, dans l’histoire…

Pierre-André Athané
Compositeur


"La carpe et le lapin"

Auric, Honegger, Milhaud furent sollicités par les pionniers du film sonore tout autant que Chostakovitch. Si la vieille formule de Stravinsky assimilant la musique de film à du papier peint est encore trop souvent d’actualité, la qualité de nombreuses partitions écrites pour le cinéma permet d’installer la musique de film comme un art majeur.

Mais il est parfois difficile voire impossible à un compositeur pour l’image, de s’exprimer avec la liberté qui sied à l’artiste.

La rencontre est donc nécessaire : celle de la carpe et du lapin.

Sans Georges Delerue, que serait François Truffaut ?
Sans Nino Rota, que serait Federico Fellini ?
Sans Bernard Herrmann, que serait Alfred Hitchcock ? Sans John Williams, que serait Steven Spielberg ?
Sans Henry Mancini, que serait Blake Edwards ?
Sans Alberto Iglesias, que serait Pedro Almodovar ?

L’inverse est aussi valable : difficile d’imaginer ce que serait Philippe Sarde sans Claude Sautet, Alexandre Desplat sans Jacques Audiard, Gabriel Yared sans Anthony Minghella…

Ces couples de cinéma se construisent passionnément. Il est souvent question de relations fusionnelles, d’infidélités et de trahisons. La liste de collaborations exemplaires est longue. Les divorces sont légions.
Mais pour que l’oeuvre existe dans l’oeuvre, il faut parler le même langage : celui de l’exigence. Celui de la liberté.

Des premières musiques d’accompagnement L’assassinat du Duc de guise (1908), partition signée Camille Saint-Saëns, à De battre mon coeur s’est arrêté (César 2006 de la meilleure musique de film), partition d’Alexandre Desplat, presque un siècle s’est écoulé, soit cent années de partitions musicales écrites pour le cinéma, par des compositeurs de plus en plus contraints par des délais et des systèmes de production à l’économie, nourris d’images, de références musicales, jusqu’à l’étouffement.

Sans le soutien du réalisateur, sans son engagement personnel, sans une relation de confiance avec le compositeur, la partition écrite risque fort d’être négligée : sacrifiée au mixage pour laisser place aux effets sonores, recalée par un public lors d’une preview, recoupée à volonté, confettisée, enregistrée à prix réduit, elle se vide de sa substance.

La réussite d’une partition de film relève de la responsabilité du cinéaste et de ses capacités à la défendre — in fine, n'est-elle pas aussi le révélateur de son identité, de sa personnalité et de son univers ?

Si tous les lapins du monde pouvaient l’entendre…

Sophie Loubière
Journaliste à France Inter


"Compositeur et réalisateur, pourquoi collaborer ?"

La mise en place d’une collaboration approfondie entre un réalisateur et un compositeur peut être un moyen extraordinaire de “grandir” un film en lui associant une partition originale parfaitement adaptée.

Un exemple parmi les plus saisissants est celui de la collaboration entre Sergio Leone et Ennio Morricone. Environ une demi-heure après le début d’Il était une fois en Amérique, Noodles (Robert De Niro) revient au bar de son ami d’enfance Fat Moe, et une fois seul, il marche dans ce lieu qu’il a fréquenté assidûment de nombreuses années auparavant. Les images seules n’auraient pas suffi à traduire avec force et précision tout ce que ressent Noodles durant ces moments : lorsqu’il regarde la photo de Deborah – le grand amour manqué de sa vie –, il est difficile de dire s’il ressent de la nostalgie, de la colère, de la douleur, de la jalousie… La musique lève toute ambiguïté en nous faisant pénétrer au plus profond du sentiment nostalgique et mélancolique de Noodles. Le rythme lent des images et celui de la musique s’accordent parfaitement et entrent en synergie ; de plus, le début et la fin de cette plage musicale sont taillés sur mesure : celle-ci commence dès que Moe sort de la pièce et s’achève sur le regard de Noodles perdu dans ses souvenirs – avant de s’enchaîner avec le morceau Amapola et le flash-back des souvenirs d’enfance.

Cette même plage musicale s’achève par ce que les musiciens nomment une cadence parfaite : en syntaxe grammaticale, cela correspondrait à un point à la fin d’une phrase ; la structure du morceau est donc parfaitement respectée.

Cette intervention musicale correspond en réalité au “thème de Deborah” : la musique nous renseigne donc également sur la cause de la mélancolie de Noodles ; elle traduit les pensées les plus profondes du personnage, elle approfondit l’image en décrivant ce qui se trouve à l’intérieur.

Une telle réussite dans le rapport imagemusique ne s’explique pas seulement par le talent des deux artistes, mais aussi par la philosophie de leur collaboration. De toute évidence, Leone concevait les images et la musique dans un même élan. Son travail avec Morricone pour ce film s’est étendu sur plusieurs années, et l’enregistrement même de la musique a commencé avant le tournage – la musique était diffusée au cours du tournage et Robert De Niro s’en est totalement imprégné pour son jeu.

Cette conception en amont a permis au réalisateur d’adapter le montage à la musique et non l’inverse, et de respecter la structure des phrases musicales – ce qui devrait être aussi naturel que de ne pas couper un acteur au milieu d’une phrase…

De plus, le compositeur a disposé d’un long temps de maturation, ce qui est souvent une nécessité pour aboutir à une musique de qualité et parfaitement en adéquation avec le film. De façon générale, commencer à collaborer au moment du scénario ne signifie pas forcément écrire des thèmes définitifs, d’autant plus que beaucoup de compositeurs sont essentiellement inspirés par l’image et le rythme du montage ; l’on peut cependant commencer à chercher des idées, et le travail effectué en amont sera particulièrement bénéfique au moment de l’écriture elle-même.

D’autres couples réalisateurs et compositeurs ont travaillé avec la même réussite : Fellini-Rota, Spielberg-Williams, Fassbinder-Peer Raben, Demy-Legrand… De nouveaux sont récemment apparus : Jacques Audiard-Alexandre Desplat, François Ozon-Philippe Rombi…

Les réalisateurs concernés ont compris à quel point il pouvait être important d’intégrer une musique originale de qualité à un film. D’autres, pourtant, sont particulièrement méfiants vis-àvis de la musique originale : ils ont peur que cette dimension du film leur échappe, à la différence de la direction des acteurs, du découpage ou du montage.

Ce phénomène conduit certains réalisateurs à utiliser des musiques préexistantes ; même si une telle démarche peut aboutir à une passionnante réappropriation de morceaux de répertoire (l’adagietto de la 5e symphonie de Mahler dans Mort à Venise, le prologue de Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss dans 2001, l’Odyssée de l’espace…), bien souvent il aurait été beaucoup plus intéressant de travailler à une musique originale ; le réalisateur aurait peut-être même découvert des aspects de son propre film grâce à la musique, comme c’est parfois le cas.

Une collaboration poussée nécessite un véritable échange entre les deux artistes, qui est parfois difficile étant donné que le réalisateur ne dispose souvent pas de notions musicales précises. Cela ne doit pourtant pas être un obstacle : il suffit d’aborder le compositeur comme tout autre collaborateur du film, et de le “diriger” comme un acteur, en employant un vocabulaire qui soit connu de tous, relatif aux émotions. Il faut également savoir que l’idéal pour un compositeur n’est le plus souvent pas d’être laissé entièrement libre, mais d’obtenir des indications de la part du réalisateur qui seront sources d’inspiration et le pousseront à donner le meilleur de lui-même.

Réalisateurs de tous styles et de tous pays, vous l’aurez compris : si la possibilité s’en présente, collaborez !

Vivien Villani
Enseignant, compositeur et auteur
d’un Guide pratique de la musique de film chez Scope Editions.


"Les étoiles disparues de la musique de film"

La musique populaire investit le cinéma à l’aube des années 80. En tête de file, la scène rock. C’est en terrain connu que Jack Nitzsche opère alors sa reconversion au cinéma. Ancien compagnon des Rolling Stones et de Neil Young entre autres, il a travaillé sur près de quarante films. Aux détours de sa collaboration sur L’exorciste ou de ses musiques pour 9 semaines 1/2, Vol au-dessus d’un nid de coucou, ou encore Starman, Nitzsche a surtout gagné la reconnaissance de ses pairs et du public avec le titre phare d’Officier et gentleman.

Couronnée de nombreux prix (Oscar, BAFTA Award et Golden Globe), la chanson Up Where we belong, coécrite avec Buffy Sainte-Marie et Will Jennings, continue de lui survivre.

Cette reconnaissance professionnelle, François de Roubaix ne l’aura pas connue, les César consacrant la musique du Vieux fusil quelques mois après sa tragique disparition. Souvent défini comme un “homme-orchestre” en clin d’oeil au film éponyme, cette expression rend surtout hommage à ses méthodes de travail particulièrement innovantes pour les années 70. Leader de ce qu’on appellerait aujourd’hui le Home Studio, l’as du re-recording a exploré les limites de la création musicale et sonore en solo. Le succès arrive enfin avec La Scoumoune. L’explorateur du son, l’aventurier de la musique nous laisse près de soixante-dix films et autant de partitions originales ou intrigantes. 30 ans plus tard, ses oeuvres parlent pour nous… Adieu l’ami !

Non moins novateur, Bernard Herrmann a définitivement marqué l’âge d’or d’Hollywood. Et pour cause… Trois décennies après sa disparition, qui a oublié les violons suraigus de Psychose ou le thème hypnotique de Vertigo ? Les recherches musicales de B. Herrmann nous laissent encore de fortes impressions. La carrière qu’on lui connaît, soit près de quatre-vingt-dix partitions composées pour des maîtres du cinéma tels que Hitchcock, Truffaut, Mankiewicz ou encore De Palma, force l’admiration.

De ses débuts sur Citizen Kane, à son brillant final avec Taxi driver, combien de thèmes légendaires habitent encore la mémoire collective ?

Son contemporain Miklós Rózsa, hongrois de naissance, a de même incontestablement intégré le panthéon des grands compositeurs hollywoodiens. Son oeuvre mélodieuse et prolifique d’une centaine de scores, l’a fait briller dans les films noirs, Assurance sur la mort, Othello aussi bien que les péplums, Ivanhoé, Jules Cesar et notamment Ben-Hur qui lui a valu toutes les reconnaissances. L’homme aux trois Oscar a servi les plus grands réalisateurs, et aujourd’hui encore le nom de Miklós Rózsa résonne comme un grand classique de la musique de film.

A l’instar de ces compositeurs, le cinéma nous offre un large panorama de sa diversité musicale où se côtoient le rock, l’électroacoustique ou l’écriture symphonique.

Alors, si aujourd’hui Mozart était vivant, fort de ses 250 ans, autoriserait-il simplement l’emploi de ses symphonies pour le cinéma ou placeraitil directement son talent, comme il a pu le faire pour l’opéra bouffe, au service d’un scénario, d’un metteur en scène ou d’images ?

Quoi qu’il en soit, le voilà crédité sur de très nombreux génériques… Preuve en est alors que la musique de film, c’est encore et toujours de la musique, et que composer pour le 7e art, c’est composer tout court. Salut les artistes !

Séverine Abhervé
Coordinatrice UCMF,
R édactrice pour TraxZone, le site francophone de la musique de film www.traxzone.com


"Ce qu'ils en pensent…"

“Aujourd’hui ou hier, l’art de composer pour un
film reste le même. L’élément principal est, et
sera toujours, l’imagination.”

Lalo Schifrin
Compositeur

 

“Il faut savoir que je compose d'une manière
très spontanée. Tout vient du coeur. Lorsque je
butte sur un morceau, si je ne trouve pas
quelque chose, j'arrête, je me repose et je
continue lorsque l'inspiration revient.”

Philippe Rombi
Compositeur

 

“Ma ligne de conduite, c'est de servir le film de la
même manière que le cinéaste tente de servir le
film.”

Hans Zimmer
Compositeur

 

“Je suis là pour servir la vision du metteur en
scène. Je prends mes directives à partir du
rythme du film, des émotions, de la lumière, du
jeu des acteurs...”

Michel Colombier
Compositeur

 

“Même si quelque fois cette discipline est
difficile à assumer, composer une musique
pour un film est toujours pour moi fascinant
et je pense pouvoir, avec un peu de provocation,
paraphraser Nietzsche en disant “un film sans
musique serait une erreur !”

Maurice Jarre
Compositeur

 

“Je suis un citoyen de la musique.”

Vangelis
Compositeur

 

“Je suis convaincu que la musique de film et la
musique de ballet ont parfaitement leur place
légitime dans une salle de concert sans l'appui
visuel de la chorégraphie ou du film.”

Elliot Goldenthal
Compositeur

 

“Quand je m’assieds pour composer, je suis
incapable d’expliquer pourquoi je le fais ainsi, ni
même comment. C’est comme ça ! C’est juste
une histoire de sensations, d’intuitions.”

Jerry Goldsmith
Compositeur

 

“Au niveau de notre collaboration, notre
sensibilité est la même. Nous faisons naître
la base d'une idée et nous la laissons se
développer jusqu'à ce que quelqu'un nous
dise de nous arrêter.”

Howard Shore
Compositeur

 

“Je suis tout à fait adepte du silence en tant
qu’élément musical à part entière.”

Elmer Bernstein
Compositeur

 

“Nous devons être nous-mêmes avant tout !
Et pour ce faire, nous avons besoin de
communiquer notre humanité au travers de la
musique, des arts, des formes. L'originalité ne
doit pas être un obstacle.”

Michael Kamen
Compositeur

 

“Le rôle du compositeur, c'est l'art de transfigurer le
travail du cinéaste.”

Ken Russel
Réalisateur

 

“Quand un film a une musique de qualité, vous
passez de l’état passif à l’état actif (…) Plus vous
savez écouter, plus vous voyez les choses (…) Pour
celui qui écoute, il y a une perception énorme. C’est
tout le corps qui est engagé.”

Alfred Tomatis
Oto-rhino-laryngologue, chercheur

 

“La musique de film a toujours formé une part
essentielle de ma vie. C’est en écoutant avec avidité
dans mon enfance des bandes originales de films
que s’est développé mon intérêt pour le cinéma…
Et puis, un jour, je me suis retrouvé metteur
en scène. C’est la raison pour laquelle, pour moi,
le processus de création cinématographique
implique une intégration totale de la musique,
du son et de l’image.”

Alejandro Amenábar
Réalisateur et compositeur

 

Marché/Industrie


"Le marché de la musique de film"

Pour quiconque, même très indirectement impliqué dans l’industrie cinématographique, il est devenu, de toute évidence, très clair que l’un des outils marketing les plus puissants qui soient disponibles aujourd’hui est la musique. Même si, fondamentalement, les ingrédients nécessaires à la création d’un film à succès demeurent encore et toujours, une bonne histoire, une mise en scène inspirée, une direction d’acteurs brillante et la garantie d’une chaîne de postproduction efficace, la bande originale d’un film peut faire, et fait, bien des fois, la différence. A fortiori, souvent, même une B.O. modeste peut devenir un outil marketing nécessaire pour promouvoir un film, et l’album d’une musique de film populaire peut non seulement dynamiser le succès du film en salles et les ventes de DVD, mais encore devenir une source de revenus importante pour les réalisateurs et les compositeurs.

D’abord et surtout, la musique d’un film doit servir le film. Même si cela semble une évidence, bien trop souvent, l’obsédante recherche de la B.O. à succès, précipite les réalisateurs dans le piège de l’achat de droits de morceaux populaires (souvent à un coût exorbitant) dans le but de les inclure sur la B.O. du film. Il ne fait aucun doute que la présence sur le CD de chansons originales et de morceaux populaires préexistants, en plus d’un score original de qualité, peut apporter encore plus de force dramatique et d’émotion au film. C’est tout spécialement vrai lorsque c’est le résultat d’une collaboration fructueuse entre le metteur en scène, le compositeur et le superviseur musical (dont le rôle – même dans des films à petit budget – devient de plus en plus important et déterminant). Il est évident que l’inclusion d’une chanson ayant connu un gros succès commercial ou même de chansons raisonnablement populaires dans une B.O. peut augmenter fortement les ventes de CD. Pourtant, si ces éléments ne font pas partie intégrante de l’oeuvre cinématographique, les gains à court terme sur les ventes d’albums finiront toujours par peser négativement sur la carrière du film lui-même.

Cela dit, même dans le cas d’une B.O ne comprenant que de la musique originale, il existe, même si elles sont plus limitées, un certain nombre d’opportunités marketing qui sont souvent, peut-être davantage dans l’intérêt du compositeur et du réalisateur.

Pourtant, en raison des coûts de musiciens extrêmement bas, ou même inexistants dans le cas du CD de la B.O. d’un film américain (les 25 000 premières copies d’une B.O. aux USA sont exemptées de droits syndicaux en raison de la modestie des coûts de musiciens), il n’y a absolument aucune raison de se priver de l’exploitation commerciale de la plupart des musiques de films. Non seulement c’est, pour le compositeur, un formidable outil de promotion que d’avoir un CD à faire écouter à un producteur éventuel, mais cela donne aussi au réalisateur une occasion de plus de confronter son film au public.

En conclusion, je veux insister sur le fait que, étant donné l’importance des grandes rencontres professionnelles – la doyenne de celle-ci étant le Film Market de Cannes – il est plus nécessaire que jamais de produire des musiques originales (à quelques rares exceptions près) afin que même les films à petit budget puissent rivaliser avec les grosses machines des studios qui sont le fer de lance de ces manifestations. Bien qu’il soit tentant pour des réalisateurs inexpérimentés d’utiliser des musiques de stock ou d’acquérir les droits de morceaux préexistants, la musique originale est un des éléments permettant de faire la différence et de promouvoir le film à travers sa musique (“Musique Originale de…” Et “Soundtrack album disponible sur…”).

Denis Dreith
Compositeur
Eenseignant
Auteur d’un guide pratique de la musique de film (Scope publishers) Administrateur du FMSMF* (Etats-Unis)


"Les aides à la musique de film en France"

2005 aura vu la concrétisation de deux initiatives visant à favoriser le recours à la musique originale pour le cinéma et l’audiovisuel. L’Union des Compositeurs de Musiques de Films (UCMF) a soutenu les travaux destinés à leur création en proposant le principe d’une aide économique incitative.

L’une, mise en place par le Centre National de la Cinématographie (CNC), cible les films de long métrage pour le cinéma. L’autre, élaborée par la Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique (Sacem), s’adresse aux oeuvres audiovisuelles.

A ces deux programmes de soutien fondateurs sont venus s'ajouter en 2006 une aide à l'édition de matériel d'orchestre ainsi qu'une aide à la production de musique originale des courts-métrages.

Principales dispositions du système mis en place par le CNC

L'aide financière (300 000 €/an) concerne les longs métrages dont le budget global est inférieur à 4 M € et pour lesquels le budget “musique originale” ne doit pas être inférieur à 20 000 €, et être égal au minimum à 1,5 % du budget du film. Le cachet du compositeur doit représenter au minimum 20 % du budget “musique”. Le producteur doit avoir obtenu le point “auteur des compositions musicales” au barème de l'agrément. L'aide attribuée est en moyenne de 8 000 € avec un plafond de 15 000 €. Les dossiers éligibles sont présentés 4 fois par an devant un comité constitué de professionnels.

Principales dispositions des systèmes mis en place par la SACEM

La première des aides financières concerne la production de musique originale pour les oeuvres audiovisuelles. Elle s'adresse aux fictions unitaires supérieures à 52 mn, aux documentaires de 90 mn, aux mini-séries de fiction de 2 x 90 mn, ainsi qu’aux séries (fictions et documentaires) jusqu’à 6 x 52mn. Les montants attribués vont de 4 000 € à 7 500 € par dossier au titre de la part producteur. Il doit s'agir d'oeuvres originales jamais diffusées, commandées par le producteur garantissant au compositeur une prime d'inédit s'élevant à 25 % du budget de la musique originale. La production doit être majoritairement française. L'apport du producteur doit être égal ou supérieur au double de l'aide SACEM avec un effet réel sur le budget de la musique originale. Dans le cas où le producteur n‘est pas (co)éditeur de l'oeuvre musicale considérée, l’aide de la SACEM peut être majorée à concurrence de l’apport d’un éditeur indépendant.

L’aide à la création de musique originale pour le court-métrage

En partenariat avec des structures relais, la SACEM soutient la production de musique originale de film de court-métrage (animation, fiction, documentaire). Elle consiste en une bourse d'écriture et en une dotation d'aide à la production. Elle s'établit au total dans une fourchette allant de 2 000 à 4 500 € et ne sera accordée qu'aux films soutenus par une société de production. Les dossiers peuvent être déposés par le compositeur, le réalisateur ou le producteur.

Principales dispositions du système mis en place par Le FCM

Le Fonds Pour la Création Musicale (FCM) dispose d'un programme d'aide à l'édition mis en oeuvre avec le concours du ministère de la Culture (DMDTS) afin d'accompagner les éditeurs de musique dans leurs efforts de développement. Il vient d'élargir l'application de ce programme aux oeuvres créées pour le cinéma. Les éditeurs sont donc susceptibles de recevoir un soutien pour publier et mettre à la disposition des formations orchestrales un matériel d'orchestre (partitions) révélant la musique de films remarquables. Le nombre d’aides est limité à 3 par an et par éditeur. Le montant des aides ne pourra excéder 30 % du montant du budget d’édition. L’apport en fonds propres de l’éditeur représentera au moins 50 % des dépenses.

CNC +33 1 44 34 34 40 www.cnc.fr
SACEM +33 1 47 15 48 86 www.sacem.fr
La Maison du Film Court +33 1 40 34 32 44 www.maison-dufilm- court.org
FCM : +33 1 48 78 50 60 www.lefcm.org


"La musique des films restaurés"

“Tout le monde y trouve son compte”

La restauration des films patrimoniaux permet d'exhumer les chefs-d'oeuvre oubliés du cinéma muet tandis que les acquis technologiques récents favorisent de plus en plus la diffusion de ces oeuvres vers un public élargi. Mais un film muet est un film muet, et aujourd'hui, pour séduire un auditoire dépassant le simple cadre des connaisseurs avertis, il faut lui associer une dimension sonore aboutie lui permettant de le replacer dans un nouveau contexte, contemporain et techniquement adapté ; c'est pourquoi, dans la plupart des cas, une musique originale est créée, apportant ainsi une nouvelle dynamique à l'image.

Les “ciné-concerts” qui associent la projection de films muets avec l'interprétation de musiciens jouant une partition originale ont intégré la programmation des formations orchestrales et des festivals. C'est une transposition raffinée du théâtre cinématographique dans laquelle l'orchestre outrepasse son rôle de simple accompagnateur en participant à part égale à l'émotion du spectacle. L'impact conjugué de la musique, du magnétisme des musiciens et de l'histoire racontée par l'image aboutit souvent à une prestation unique et mémorable. Ainsi, de nouveaux publics sont séduits et (re)découvrent les racines de notre cinéma tout en ressentant l'émotion incomparable que peuvent transmettre des musiciens sur scène. La vaste étendue des films susceptibles d'être révélés pour leurs qualités artistiques et techniques, si on y associe la création de nouvelles oeuvres musicales, permet d'envisager la mise en place d'une véritable politique du renouveau. D'ailleurs, lors du dernier Festival de Cannes, en 2005, dans son discours d'inauguration du Pavillon International de la Musique de Film, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication, a clairement formulé ses objectifs à cet égard en déclarant : “Enfin, je suis particulièrement sensible aux initiatives qui permettent, par des créations musicales originales, de redonner vie à des oeuvres cinématographiques du patrimoine, je pense par exemple aux chefs-d’oeuvre du cinéma muet.”

Il s'agit bien là d'un nouvel essor donné à la conjonction de nobles disciplines à travers laquelle tout le monde y trouve son compte : les cinéphiles, les compositeurs, les organisateurs et même les éditeurs. Il faut en effet savoir que, suite à ma demande, le Fonds Pour la Création Musicale (FCM) vient d'élargir l'application de son fonds pour l'édition musicale aux oeuvres créées pour le cinéma. Ce qui signifie que les éditeurs désireux de publier et mettre à la disposition des formations orchestrales un matériel d'orchestre révélant la musique de films remarquables sont désormais susceptibles de recevoir un soutien substantiel.

La relation entre la musique et l'image est complexe car génératrice d'un très large éventail d'émotions ; le cadre du spectacle vivant, de plus en plus prisé, lié à la prestation orchestrale, est donc le moyen le plus attachant de découvrir dans les meilleures conditions les chefs-d'oeuvre cinématographiques du siècle dernier.

Et nul doute que le XXIe siècle nous fera profiter de nouvelles découvertes, tant sur le plan technique que sur celui de l'invention artistique, contribuant ainsi à faire du “ciné-concert” une forme incontournable.

Gréco Casadesus
Compositeur de la version restaurée en 2000 du chef d'oeuvre d'Henri Diamant-Berger, Les Trois Mousquetaires (1921)
A créé en 2005, à partir du même film, le spectacle : Les Trois Mousquetaires font du Cinéma

Serge Bromberg : “Mon piano se met à parler”

Chercheur et restaurateur de films anciens, j’ai monté avec Eric Lange, il y a 15 ans, une série de spectacles uniques intitulés Retour de flamme , présentant des petits joyaux du cinéma retrouvés miraculeusement dans les caves et les greniers.

La restauration doit être parfaite, surtout à une époque où on attache beaucoup d'importance à l'aspect visuel des choses. Mais, si restaurer des films est un métier passionnant, complexe, pluridisciplinaire, cela ne suffit pas, car le cinéma d'antan n’a jamais été muet : la musique était toujours présente, même si elle servait surtout à couvrir les bruits désagréables et les commentaires désobligeants émanant de la salle….

Et puis l’image restaurée, même avec soin et à grands frais, ne parle pas, alors qu'accompagnée d’harmonies spontanées, elle semble reprendre vie, venir vers nous, et s’adresser à nous.

Musicien dans l'âme, j’ai ainsi découvert que mon piano était l’objet ultime du lien entre l’image muette et sa musique restaurée et j'ai décidé de devenir l'animateur, le présentateur, et le pianiste de ces séances événements, en jouant, non pas la partition d’époque, perdue à tout jamais (lorsqu’elle avait existé), mais une musique improvisée, issue du coeur. Pour qu'elle vibre en symbiose avec l’image qu'elle souligne, qu'elle anime, qu'elle trépigne.

Ces harmonies n’utilisent pas de mots, et permettent ainsi aux films de voyager entre les générations. Les jeunes et les moins jeunes qui viennent, en famille pour partager des images, tous âges confondus, me permettent de dire : c’est gagné ! Le cinéma muet est toujours vivant ! C’est le défi de Retour de Flamme, et les milliers de spectateurs à chaque séance me donnent plus de responsabilité encore.

Pour eux, je joue. Par bonheur. Par plaisir. Ce n’est plus de la musique, c’est de la magie. Mon piano se met à parler, il va chatouiller les zygomatiques des spectateurs hilares qui retombent en enfance, et grâce à lui, je peux leur dire : je vous aime.

Serge Bromberg
Directeur de Lobster Films
Créateur de la série de spectacles Retour de Flamme

Jérôme Diamant-Berger “Il était une fois…”

Tout commença quand ma mère me loua un petit projecteur 9,5 mm et des films muets de comiques américains, Charlot, Mack Sennett, Laurel et Hardy, Harold Lloyd. La projection dans le silence et le noir de ma chambre avec l’unique bruit du projecteur me ravissait. Mais c’est quand j’y ajoutais la musique d’un 78 tours ou d’un 45 tours que là tout semblait s’envoler par-dessus les toits et je devenais, si ce n’est le roi de Paris, en tout cas celui de ma maison, de ma rue et de mon quartier ! Quelques années plus tard, mon grand-père cinéaste disparut et je décidai de rechercher et faire connaître ses films qu’à peu près tout le monde avait oublié. La plupart de ses films sonores, retrouvés et admirablement restaurés par les Archives du Film, ont rapidement repris vie. Mais ses films muets, eux, dormaient sans bruit au fond de boîtes rouillées : ils étaient orphelins, orphelins de bruits et de musiques… Et ils me regardaient avec un p’tit air perdu, l’air de dire… “Tu ne vas quand même pas nous abandonner une fois de plus ? ” Alors, tout seul, devant une table de montage, j’ai retrouvé en les regardant la magie du cinéma dans la chambre de mon enfance. J’ai pris le plus grand, le plus long et le plus connu de tous, Les Trois Mousquetaires, l’ai nourri de musiques et de sons et me suis envolé de nouveau au-dessus des toits…

Jérôme Diamant-Berger
Producteur

 


"Apprendre la musique de film"

70 % des compositeurs ne feront qu'une seule musique de film dans leur carrière. Parce que les occasions d'intégrer une nouvelle équipe sont réduites. Parce que, pour se faire reconnaître, il faut un succès en salle. Parce que les techniques fondamentales d'expression musicales pour l'image sont trop souvent remplacées par des pratiques instinctives, ou encore, que la fausse facilité procurée par l'assistance de l'ordinateur masque la nécessaire connaissance des techniques spécifiques à ce langage. Un enseignement spécialisé aiderait considérablement à appréhender ces problèmes de façon plus sereine, mais force est de constater qu'il est la plupart du temps absent des écoles de musique et des conservatoires.

Pourtant, si les erreurs du néophyte sont souvent rédhibitoires, elles sont la plupart du temps les mêmes… Apprendre la musique de film, c'est d'abord apprendre l'image et le langage cinématographique.

Apprendre à repérer les limites de l'espace dans lequel la musique peut naître, évoluer, se retirer. Apprendre à identifier ce que notes, timbres et rythmes doivent ou ne doivent pas signifier, comment et jusqu'où.

Savoir développer l'imaginaire pour en extraire cette poignée de notes qui fera ressurgir l'esprit d'un film tout entier, à tout moment, en tous lieux, d'une simple écoute.

Apprendre la musique de film, c'est aussi avoir le goût de la diversité. Car on peut trouver autant de plaisir à écrire un motet qu'une salsa, un blues qu'une fugue, suggérer un suspens, donner un coup de pouce ou un coup d'arrêt à un amour naissant ; en matière de musique pour l'image, l'unique “contrainte” reste la synergie et la cohérence entre le discours cinématographique et le discours musical. Nul besoin de maîtriser tous les styles, il faut simplement être très attentif aux contenus de chaque langage.

Bien sûr, il y a certains impératifs à assimiler comme la synchronisation, le dosage entre la fonction dramatique et la fonction esthétique, ce qui induira des spécificités d'écriture, d'orchestration : tous les instruments ne sont pas d'égale transparence face à un dialogue ou une ambiance sonore élaborée. Dans le film, la musique est généralement plus ressentie qu'écoutée, et son pouvoir émotionnel ne peut être géré comme à l'occasion d'un concert.

Apprendre la musique de film, c'est enfin apprendre l'ouverture, le dialogue avec un réalisateur d'abord, pour trouver une expression commune à des sentiments plus ou moins facilement exprimables, mais aussi avec un scénariste, un éditeur et un producteur. Cet apprentissage ne doit pas être réservé aux seuls musiciens : il doit s'ouvrir et intégrer les écoles de cinéma, les ateliers d'écriture et toute formation aux métiers de l'image et du son, ceci afin de créer des passerelles entre des mondes qui peuvent correspondre si on le veut bien.

Alors, avant de s'essayer à synchroniser une musique lambda sur des images, apprenons à comprendre ce qu'on cherche à faire afin de répondre avec les solutions les plus adaptées. Dans les conservatoires, les écoles de musiques, les écoles de cinéma et même dès les classes spécialisées des lycées et collèges, définissons d'abord les pédagogies adéquates. Et stimulons les découvertes; depuis la rencontre de Prokofiev et d'Eisenstein, la musique de film a fait naître tant d'univers différents que le simple fait d'aller à leur rencontre et de les analyser constituerait déjà un précieux bagage que beaucoup ignorent encore.

Alain Bedier
Compositeur
Enseignant

Les compositeurs dans le monde


"La musique de film sud-américaine"

La musique de film sud-américaine relève de deux inspirations fondamentales. Une inspiration internationale d'influence américaine et européenne et une inspiration locale.

Pour comprendre ces deux sources, il faut se pencher sur ce que représente le cinéma en Amérique latine. Certaines régions ont leur vision orientée vers l'Europe et les USA, c'est le cas de Buenos Aires, ville que je connais le mieux pour y avoir vécu les premières années de ma vie. Les salles démesurées de cinéma des années 50, à l'image du Radio City Music Hall de New York ou de l’ancien Gaumont Palace de Paris pullulaient par dizaines, là où le public se ruait jour et nuit dans ce que l'on appelait "la rue qui ne dort jamais" (calle Corrientes) et ses quartiers environnants.

Une image d'Épinal très répandue voudrait faire croire que les Argentins ne s'intéressent qu'au tango. Cette nécessité de repères pour percevoir l'image d'une société est en même temps le principal obstacle à sa reconnaissance culturelle dans la communauté internationale, avec le risque de normalisation que cela implique. Or les influences du jazz, de l'opéra, du cinéma et des grands symphonistes américains et européens, ont permis l'émergence de compositeurs de musique de film qui ont su gagner une renommée internationale, tels que Lalo Schifrin, Gato Barbieri, Astor Piazzola, et récemment Gustavo Santaolalla. Il y en a de moins connus, tels que Tito Ribero, Horacio Malvicino, etc., des noms qui ne disent rien au public international, car la diffusion de leurs films a été pendant longtemps restreinte aux pays hispanophones. Pourtant, ces compositeurs ont une inspiration qui s'inscrit dans les grands courants musicaux du XXe siècle. Seules les oeuvres qui confortent l'image stéréotypée que le public a de ces sociétés “exotiques” franchissent le filtre de la distribution internationale.

La diversité culturelle passe non seulement par la reconnaissance des expressions folkloriques ou locales d'une société, mais aussi par la reconnaissance de l'effort que leurs artistes font pour inscrire leur production dans le patrimoine mondial, en dépit des hégémonismes et des formatages.

C'est le défi à relever pour préparer un nouvel horizon, trouver la compatibilité entre diversité culturelle et universalité culturelle, leurs dénominateurs communs de manière à exclure les communautarismes, déviances, sectarismes... Jusqu'à présent, on assiste à l'alternative, voire l'antagonisme entre universalité des marchés (libéralisme, mondialisation, hégémonie culturelle) et particularismes socioculturels...

À cet égard il nous faut de nouveaux gestes créateurs, de nouveaux langages dramaturgiques dans le domaine de la musique et de la cinématographie. Les réflexions apportées par les différentes commissions etateliers de FFACE et de l'UCMF peuvent être des fers de lance pour que les générations futures de réalisateurs et de compositeurs trouvent de nouveaux paramètres, plus universels et, en même temps, plus attentifs aux différences.

Et dans cette recherche, le compositeur de musique de film, funambule de l'histoire, explorateur des cultures, a un véritable rôle à jouer.

Mario Litwin
compositeur


"Musique et images au Japon"

Force est de constater que nos amis nippons ont su imposer un style bien à eux dans le paysage de la musique de film. Toute une génération de compositeurs japonais rayonne maintenant au plan international. On n'ignore plus les noms de Joe Hisaishi, Ryuichi Sakamoto ou bien Kenji Kawaï qui se sont peu à peu affirmés comme les étendards de cette vague nouvelle.

Méfions-nous de toutes généralités, mais disons tout de même qu'à l'heure actuelle, la tendance de fond chez les compositeurs japonais du moment se résume à une musique tournée vers l'innovation (reflet d'une société ouverte sur l'avenir, ce que l'on perçoit immédiatement lorsque l'on pose le moindre orteil sur le sol nippon), agrémentée d'une sorte de classicisme presque anecdotique issu des codes de la musique occidentale.

Des thèmes simples, une orchestration souvent hybride entre synthétiseur et orchestre. Il faut dire que les Nippons n'ayant pas tout notre passif culturel en matière de musique symphonique, abordent ces temps-ci l'orchestre de manière souvent candide, innocente, voire "bon enfant", le combinant avec des synthétiseurs créés le plus souvent par la technologie... japonaise. De cela, une nouvelle esthétique est née. Pas de surenchère technique dans l'écriture. On peut même dire qu'héritiers d'une esthétique dépouillée (Zen) ils sont allés vers un minimalisme qui a su séduire hors frontières.

Cette simplicité apparente n'a cependant pas toujours été de mise. On se souvient de Toru Takemitsu (La femme des sables) dont la très grande sensibilité était largement influencée par la musique contemporaine européenne de Ligeti, Messiaen et Boulez. Idem plus tard pour Shinichirô Ikebe (L'Anguille, Rêves, De l'eau tiède sous un pont rouge). Avec ces compositeurs on se rapproche de ce qui se fait en Europe : écriture complexe, emprunt des circonvolutions stylistiques que nous avons su aboutir en Occident, etc.

Puis la musique a commencé à glisser vers une sorte de métissage avec des compositeurs comme Ryuichi Sakamoto, inspirés par des compositeurs comme Ravel et Brahms, et qui ont su combiner les règles de la musique occidentale à celle d'une esthétique nippone. Enfin apparaissent Joe Hisaishi, Kenji Kawaï ou Shoji Yamashiro qui ont fait aboutir cette orientation en la prolongeant dans une optique de singularité nippone.

On peut dire qu'en 50 ans les Japonais sont passés du stade de l'influence occidentale à celle de l'innovation et ont acquis un rang de créateur de tendance.

Actuellement la musique de film japonaise se caractérise bien souvent par une épure à l'image du Théâtre Nô et du Gagaku, à laquelle elle associe, par touches, certains éléments d'une écriture occidentale. Le tout, souvent intelligemment enrobé d'une fine couche de "plastique", ouvrant ainsi un nouveau champ de possibilités à nos petites oreilles.

Elle ne se contente pas d'inclure des sonorités traditionnelles ou exotiques dans un langage occidental mais, bien au contraire opère une véritable fusion qui risque d'influencer encore longtemps la musique cinématographique de ce début de 21e siècle.

Olivier Florio
compositeur


Les récompenses décernées en 2005/2006

 

France
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Festival Musique et Cinéma
2005 (Auxerre – oct.)
Clef d’or – Grand prix /First prize
Habana blues (B. Zambrano) – Habana blues
Prix du public / Public Choice Award
Zaina, Cavalière de l’Atlas (B.Guerdjou) – Cyril Morin
Prix de la meilleure vente de BO pour un film français / Better sales for a french soundtrack album
Les choristes (C. Barratier) – Bruno Coulais
Prix d’honneur pour leurs carrières / Award for achievement in film music
Francis Lai, Eric Serra

Quinzaine des réalisateurs
2005 (Festival de Cannes / Cannes Film Festival - mai/may)
Prix Gras Savoye / Gras Savoye Award
A bras le corps (K. Quillévéré) - The Langley School Music Project

Etoile de la Presse 2006
(Paris – jan.)
Meilleur compositeur de musique originale / Best soundtrack composer
Alexandre Desplat - De battre mon coeur s’est arrêté (J. Audiard)

César 2006
(Paris – fev./feb.)
Meilleure musique de film/ Best score
De battre mon coeur s’est arrêté (J. Audiard) – Alexandre Desplat

Les Victoires de la Musique 2006
(Paris – mars/march)
Meilleure musique originale de l’année / Best soundtrack album of the year
La marche de l’Empereur (L. Jacquet) – Emilie Simon

 

Europe
• • •

World Soundtrack Academy Awards 2005
(Belgique / Belgiumoct.)
Meilleure partition originale de l’année / Best original score of the year
War of the worlds (S. Spielberg) – John Williams
Meilleure chanson originale / Best original song written for a film
Old habits die hard – David A. Stewart and Mick Jagger – Aflie (C. Shyer)
Compositeur de l’année / Film music composer of the year
Angelo badalamenti – Un long dimanche de fiançailles (J.-P. Jeunet)
Découverte de l’année / Discovery of the year
The Incredibles (B. Bird) – Michael Giacchino
Prix du public / Public choice Award
Alexander (O. Stone) - Vangelis
Prix pour l’ensemble de la carrière / Lifetime achievement Award
Jerry Leiber and Mike Stoller

Festival de Gand 2005
(Belgique / Belgium – oct.)
Prix Georges Delerue / Georges Delerue Award, for best music
Proof (J. Madden) – Stephen Warbeck

European Film Award 2005
(Allemagne / Germany – déc.)
Meilleur compositeur européen de l’année / Best european film music composer
Rupert Gregson-Williams et Andrea Guerra – Hotel Rwanda (T. George)

Premios Goya 2006
(Espagne / Spain – jan.)
Meilleure musique originale / Best original soundtrack
Habana blues (B. Zambrano)
Meilleure chanson originale / Best original song written for a film
Me llaman calle – Manu Chao – Princesas (F. León de Aranoa)

British Academy Award
(BAFTA 2006) (Angleterre / England – fev./feb.)
Prix Anthony Asquith / Anthony Asquith Award
Memoirs of a geisha (R. Marshall) – John Williams

Festival de Berlin 2006
(Allemagne/ Germany - fev./feb.)
Ours d’Argent de la meilleure musique de film / Silver Bear for best film music
Isabella (P. Ho-Cheung) – Peter Kam

 

USA / Canada
• • •

Satellite Awards 2005
Prix de la Presse Internationale / International Press Awards
(Usa – dec.)
Meilleure chanson originale / Best original song
A Love That Will Never Grow Old – Bernie Taupin et Gustavo Santaolalla – Brockeback mountain (A. Lee)
Meilleure musique originale / Best original score
Kingdom of heaven (R. Scott) – Harry Gregson-Williams

Golden Globes 2006
(USA - jan.)
Meilleure musique originale / Best original soundtrack
Memoirs of a Geisha (R. Marshall) – John Williams
Meilleure chanson originale / Best original song
A Love That Will Never Grow Old– Bernie Taupin et Gustavo Santaolalla – Brockeback mountain (A. Lee)

Grammy Awards 2006
(USA – fév./feb.)
Meilleur album de compilation / Best compilation soundtrack album
Ray (T. Harckford) – Ray Charles
Meilleur album de musique de film / Best soundtrack album
Ray (T. Harckford) – Ray Charles
Meilleure chanson originale / Best original song
Believe – Josh Groban, Glen Ballard & Alan Silvestri – The polar express (R. Zemeckis)

OSCARS 2006
(USA – mars/march)
Meilleure musique / Best original score
Brockeback mountain (A. Lee) – Gustavo Santaolalla
Meilleure chanson originale / Best original song
It’s hard out here for a pimp – Jordan Houston, Cedric Coleman, Paul Beauregard – Hustle & Flow (C. Brewer)

Genie Awards 2006
(Canada - mars/march)
Meilleure musique originale / Best original score
Water (D. Mehta) – Mychael Danna
Meilleure chanson originale / Best original song
When wintertime - Glenn Buhr, Margaret Sweatman – Seven times lucky (G. Yates)

 

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Les associations de compositeurs de musique de film

EUROPE
FFACE : Federation of Film and Audiovisual Composers of Europe.
Tel : à mettre à jour
http://www.fface.eu

ALLEMAGNE
CC Composers Club e.V.
Tel : +49 47 45 93 15 94
http://www.composers-club.de
ebekker@composers-club.de

BELGIQUE
Union des Compositeurs Belges (UCB)
Tel : +32 22 86 83 81

CANADA
Guild of Canadian Composers (GCC)
Tel: 416 410 5070
http://www.gcfc.ca

ESPAGNE
Asociacion de compositors de musica para audiovisual (MUSIMAGEN)
Tel: +34 914 312 089
http://www.musimagen.com

FRANCE
Union des Compositeurs de Musique de Films (UCMF)
Tel : + 33 1 60 11 24 00
http://www.ucmf.fr

USA
The Society of Composers and Lyricists (SCL)
Tel: +001 310 281 2812
http://www.thescl.com

The Film Music Society (FMS)
Tel : + 001 (818) 789 64 04
http://www.filmmusicsociety.org
info@filmmusicsociety.org


Autres associations :

AUTRICHE
Austrian Composers Society
Tel: +43 17 14 72 33
http://www.komponistenbund.at
oekb@chello.at

BULGARIE
Union of Bulgarian Composers (UBC)
Tel: 359 2 988 1560
http://www.ubc-bg.com
mail@ubc-bg.com

CROATIE
Croatian Composers’ Society (HDS)
Tel: +385 1 4872 370
http://www.hds.hr/main/default_en.htm
info@hds.hr

DANEMARK
Danish Composers Society
(DCS)
Tel: +45 33 13 54 05
http://www.komponistforeningen.dk
dk@komponistforeningen.dk

ESTONIE
Estonian Composers Union
Tel : +372 2 6 44 41 03

GRANDE BRETAGNE
British Academy of Composers and Songwriters
Tel : +44 20 76 36 29 29
http://www.britishacademy.com
info@britishacademy.com

GRECE
Greek Composers’ Union (GCU)
Tel: +30 1 72 50 011
http://www.mmb.org.gr

IRLANDE
Association of Irish Composers (AIC)
Tel: 353 1 4961 484
http://www.composers.ie
info@composers.ie

ISLANDE
Society of Icelandic Composers
Tel: +354 561 2171
kjol@ismennt.is

ITALIE
Confederazione della musica Italiana
Tel : +39 02 48 46 36 16
confedermusica@libero.it

LETTONIE
Latvian Society of Composers
Tel: +371 729 30 59
http://www.music.lv/composers/union/
lks@td.lv

LITUANIE
Lithuanian Composers Union (LCU)
Tel: + 370 2 22 36 11
http://www.mic.lt

NORVEGE
Norwegian Society of Composers
Tel: +47 22 41 82 40
http://www.komponist.no

NOUVELLE ZELANDE
Composers Association of New Zealand (CANZ)
http://www.canz.net.nz
Gilllianwhitehead@xtra.co.nz

POLOGNE
Polish Composers Union (PCU)
Tel: +48 22 31 1741
http://www.zkp.org.pl

SUEDE
Society of Swedish Composers
Tel: 46 87 83 95 90
http://www.fst.se/

USA
American Society of Music Arrangers and Composers (ASMAC)
Tel: +001 818 994 46 61
http://www.asmac.org/frameshome.html
dellhake@earthlink.net

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